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La définition de Centration



La centration selon Piaget

Selon Jean Piaget, la centration correspond à l'effet produit par les « interactions immédiates entre éléments perçus simultanément lors d'une seule fixation du regard ». Toute centration est déformante et entraîne la surestimation d'une partie du champ visuel. Cette surestimation peut être reliée à différents facteurs:

  • L'hétérogénéité de la rétine: l'objet qui est vu fovéalement est perçu plus grand que le même en périphérie.
  • L'orientation de l'attention: si on demande à un observateur de fixer du regard un certain segment tout en portant son attention sur un autre segment de même longueur, situé à droite ou à gauche, c'est ce segment périphérique qui est surestimé.
  • La durée de fixation: plus elle est grande, plus la surestimation est forte.
  • L'ordre de succession: le dernier élément fixé est surestimé.
  • La netteté objective: l'élément le mieux éclairé, le plus proche, est surestimé.

La loi des centrations relatives

Il s'agit d'un modèle probabiliste de la perception, proposé par Piaget. Dans ses travaux, Piaget insiste sur la différence fondamentale qui oppose les systèmes d'équilibre additifs, caractéristiques des structures logiques de l'intelligence, aux systèmes non additifs qui se manifestent dans la perception. Alors que le développement de l'intelligence aboutit à la réversibilité et à la composition totale des opérations logiques, les structures perceptives demeurent non additives et irréversibles car les compositions n'y sont qu'exceptionnellement complètes et leur stabilité fragile.
Par la suite, Piaget a fait l'hypothèse que la présence de déformations pourrait être « inhérente à la nature propre des mécanismes perceptifs qui procèdent par échantillonnage probabiliste au lieu de fournir une copie précise de l'objet ». Voyant dans les erreurs perceptives, et notamment dans les illusions optico-géométriques, un matériel privilégié pour mettre à l'épreuve cette hypothèse, c'est sur elles que Piaget et ses collaborateurs ont poursuivi une série de recherches entre 1942 et 1960. Celles-ci ont fourni une masse de données sur les variations de la longueur subjective d'une ligne, de l'ouverture d'un angle, etc..., en fonction de variations dimensionnelles des autres éléments d'une figure géométrique.
La loi des centrations relatives est l'aboutissement de ces travaux. Pour son auteur, elle exprime « la probabilité des déformations sur une figure donnée en fonction des variations de celle-ci et naturellement sans prétendre prédire la valeur absolue de ces déformations ».
Par ailleurs, il y a trois concepts de base dans le modèle piagétien:

  • La centration: elle est définie par la réunion des rapports perçus simultanément en fonction d'un point de fixation du regard. Chaque centration entraîne une déformation des éléments perçus, qui va dans le sens d'une surestimation relative du point centré. Plus la durée d'une fixation est grande, plus la surestimation est forte. Plus le nombre de centrations est grand, plus les déformations qu'elles entraînent ont des chances de se compenser. Si la compensation est complète, la perception est exacte.
    Par exemple, lorsque le point de fixation oculaire est à égale distance de deux lignes verticales égales, celles-ci sont perçues de même longueur. Ce n'est déjà plus le cas lorsque, au cours d'une présentation brève, le point de fixation est plus près d'une des lignes. Ce l'est encore moins lorsqu'il y a des inégalités dimensionnelles dans la figure à percevoir. En effet, la taille de certains traits est surestimée relativement à celle d'autres traits.
    Piaget interprète l'effet de centration (ou erreur élémentaire I), par le fonctionnement d'un mécanisme hypothétique de rencontres.

  • Les rencontres: les rencontres prennent place entre des unités hypothétiques, dont les unes se situent dans l'observateur et les autres dans la figure. Piaget ne fait aucune hypothèse sur la nature biologique des unités réceptives de l'individu. Quant aux unités de la figure, il les représente par des microsegments, égaux, en lesquels la ligne centrée peut être découpée et dont le nombre est arbitraire.
    Ainsi, le modèle piagétien suggère que, d'une part, le nombre de rencontres réalisées pendant une centration augmente avec la durée de celle-ci, et d'autre part, qu'un point déjà rencontré ne joue plus de rôle s'il est rencontré par hasard une seconde fois. La croissance de l'effet de centration est donc exponentielle.

  • Les couplages: lorsque la figure est composée de deux lignes L1 et L2, des correspondances appelées couplages s'ajoutent aux rencontres entre chaque ligne et les unités réceptives de l'individu, entre les points de rencontre sur L1 et sur L2.

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