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La définition de Catastrophe



La théorie des catastrophes

Il s'agit d'une théorie proposée par le mathématicien René Thom. Selon cette théorie, d'une part, toute situation stable qui résiste à des perturbations infinitésimales connaît des limites rigides à sa stabilité et, d'autre part, la connaissance de ces limites permet de prévoir les changements brusques, dont le nombre possible est fixé à 7.
Selon Thom, l'intérêt de cette théorie est qu'elle peut s'appliquer à des situations définies dans presque tous les domaines des sciences humaines, comme la biologie, la linguistique, la psychiatrie. En psychopathologie, la difficulté majeure de la formalisation, comme dans d'autres domaines des sciences humaines, réside, d'une part, dans le nombre des paramètres qui entrent en jeu et, d'autre part, dans le caractère discontinu de ces paramètres. La théorie des catastrophes prend précisément appui sur ces deux caractéristiques. La compréhension des processus morphogénétiques (c'est-à-dire créateurs et destructeurs des formes) est possible sans avoir recours aux propriétés spécifiques des éléments matériels ni à la nature des forces qui agissent in situ.
Cette théorie suppose que, si un processus est déterminé par la maximalisation ou la minimalisation de 4 facteurs, la singularité de surface ainsi produite pourra s'assimiler à l'une des 7 catastrophes. Cependant, cette théorie, appliquée aux sciences humaines notamment, entraîne une conception réductrice de la science. Toutefois, cette objection s'estompe si l'on accepte la nécessité de simplifier, même de façon arbitraire, un phénomène, pourvu qu'on puisse le décrire correctement.
Par ailleurs, les éléments en jeu dans le modèle mathématique sont appelés attracteurs. Ils se situent dans une zone d'attraction et c'est leur conflit qui entraîne la catastrophe. Aussi, on appelle catastrophe élémentaire toute situation de conflit entre attracteurs qui peut se produire d'une manière stable sur l'espace-temps (c'est-à-dire à 4 dimensions).


Le modèle fronce en sciences humaines

Dans le domaine des sciences humaines, le modèle le plus fréquent parmi les 7 décrits par Thom est le modèle appelé fronce. Ce modèle comporte 2 dimensions de contrôle et une dimension de comportement.
Ainsi, Erik Zeeman a décrit le modèle de l'agression chez un chien pris entre la rage et la peur. Le chien chez lequel la rage et la peur ont atteint une forte intensité et une valeur égale ne peut plus être neutre. La fronce atteint les limites de la bifurcation et le comportement devient bimodal. En d'autres termes, soit le chien prend la fuite, soit il devient agressif.
De même, dans la psychose maniaco-dépressive, l'excitation et l'inhibition de deux paramètres de contrôle constituent la situation de la psychose. Si l'on examine les excitations possibles, on trouve que l'excitation expansive est mieux qualifiée pour la psychose que l'excitation paranoïaque. L'état habituel de l'individu n'est ni l'excitation expansive ni l'inhibition. Mais, à mesure que les paramètres augmentent en quantité, le point de la surface de contrôle projeté sur la surface de comportement s'approche du site de bifurcation. Arrivé près du site, le comportement bascule soit d'un côté, soit de l'autre.
Selon certains auteurs, il peut y avoir des états mixtes. S'ils sont légers, ils restent dans la zone de bifurcation. S'ils sont graves, il y a sans doute une dissociation.


Intérêts et limites de la théorie des catastrophes

L'intérêt de la théorie des catastrophes est de représenter dans un seul continuum l'intégration du passage qualitatif discontinu de la mélancolie à la manie et inversement. Toutefois, il faut souligner qu'un tel modèle représente la psychose maniaco-dépressive de façon limitée et surtout qu'il ne l'explique pas. Le choix de paramètres est évidemment important. La catastrophe en forme de fronce résume à 2 le nombre des groupes de facteurs pour passer d'un extrême à l'autre. Les autres aspects du tableau clinique ne sont pas pris en compte.
Globalement, l'intérêt des travaux de Thom et de Zeeman est de poser la question de la formalisation (l'usage des modèles) en sciences humaines.


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