Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par C > La définition de cannabisme


La définition de Cannabisme


Le cannabisme désigne une intoxication chronique par usage de préparations, généralement fumables, à base de cannabis. L'usage du cannabis est fréquent, notamment parmi les adolescents.


Généralités cliniques

La consommation de cannabis est rarement associée à des complications sanitaires ou sociales sévères, ce qui la distingue de celle d'autres drogues telles que l'alcool, le tabac, les opiacés ou la cocaïne. Les conséquences de l'usage de cannabis sont liés à de nombreux paramètres dont:

  • L'individu: au niveau somatique et psychique.
  • La drogue : la quantité, la concentration en THC (le principe actif), le mode d'utilisation, l'association à d'autres produits.
  • Le contexte: l'entraînement social, la conduite d'engins, le pouvoir économique, etc...

Aussi, les effets du cannabis sont regroupés, d'une part, en manifestations psychiques et, d'autre part, en manifestations physiques. Chacun de ces domaines est hiérarchisé en fonction du degré d'imprégnation par la drogue (c'est-à-dire selon que l'usage est isolé ou fréquent).
Par ailleurs, il existe un consensus quant à l'existence éventuelle de troubles psychotiques aigus après usage de fortes doses de drogue ou chez des individus prédisposés. De même, des manifestations plus durables peuvent s'observer lors d'une consommation prolongée, et l'usage de cannabis peut précipiter la décompensation d'une pathologie psychique préexistante. Ces effets ne sont manifestes qu'à partir de la dose de 3 mg chez un adulte. Lorsque celle-ci excède de 15 à 20 mg, des troubles d'allure psychotique peuvent survenir. Néanmoins, certains auteurs admettent un seuil beaucoup plus bas.


Les manifestations psychiques d'un usage occasionnel du cannabis

Dans un usage occasionnel, les signes de l'intoxication aiguë au cannabis sont souvent frustes. Ils varient selon l'usager, le contexte et la quantité de produit consommée. Lors de l'ivresse cannabique », on retrouve de façon théorique:

  • Des troubles du cours de la pensée, avec désorientation temporelle, troubles mnésiques, troubles de la vigilance (l'usage de cannabis avant de prendre le volant présente un risque réel), et perturbations de la libido.
  • Des altérations sensorielles (vision, ouïe, odorat, goût, schéma corporel), des troubles de l'équilibre et de la coordination des mouvements.
  • Des troubles thymiques et dissociatifs, avec euphorie, dysphorie, anxiété, agressivité, dépersonnalisation, hallucinations, et délire.

Les manifestations cliniques sont très polymorphes. L'évolution est brève et la régression des effets ne laisse pas de séquelles. Les remémorations du vécu oniroïde sont fréquentes chez des individus imaginatifs.
L'intoxication est inaugurée par un sentiment de bien-être avec euphorie, loquacité, rires inadaptés, ou parfois, au contraire, sédation, voire léthargie, manque de mémoire, difficultés à effectuer des opérations mentales complexes, modifications sensorielles, diminution des performances motrices et sentiment subtil de ralentissement de l'écoulement du temps et de modification de la perception des sons. Aussi, des sensations vertigineuses, des nausées et des bouffées de chaleur peuvent accompagner ces sensations.
Le consommateur finira par s'endormir après avoir fumé quelques cigarettes. Le réveil ne sera pas perturbé et il conservera le souvenir des impressions ressenties.
Une dépersonnalisation et une déréalisation peuvent survenir, mais les hallucinations demeurent rares. À l'extrême, certains imaginent mourir ou devenir fous. Il faut pour cela, soit que l'individu soit particulièrement sensible à l'action de la drogue, soit atteindre des taux en THC conséquents.
Par ailleurs, la décompensation psychotique liée au cannabis est rare. Elle se caractérise par un syndrome délirant organique, souvent à thème de persécution, survenant rapidement. Elle est généralement accompagnée d'anxiété, de labilité émotionnelle, de dépersonnalisation, d'amnésie, et d'une symptomatologie physique fruste (tremblements, incoordination motrice, etc...). Ces signes s'estompent souvent en une journée.
Enfin, des épisodes de flash-back demeurent très rares (1 à 2% des consommateurs en ont décrit) et pourraient être liés à l'utilisation concomitante d'autres produits.


Les manifestations psychiques d'un usage fréquent et prolongé du cannabis

Un usage fréquent et prolongé du cannabis a plusieurs effets:

  • Une perturbation de la mémoire: un usage régulier de cannabis, même sur une courte période, induit des perturbations de la mémoire immédiate. Ces troubles pouvant persister après quelques semaines d'abstinence. Cette conséquence de la consommation de drogue est sans doute potentialisée par l'association fréquente à l'alcool.

  • Une crise d'angoisse aiguë (ou attaque de panique): l'intoxication cannabique semble pouvoir, de façon exceptionnelle, induire des attaques de panique chez des individus présentant un contexte d'anxiété chronique. Les conditions d'environnement sont déterminantes.

  • Un syndrome amotivationnel: il s'agit d'un ensemble de manifestations psychiques caractérisées par un désinvestissement existentiel.

  • Une psychose cannabique: les travaux consacrés aux psychoses induites par le cannabis permettent d'établir une distinction entre trois états pathologiques différents: le syndrome confusionnel aigu (il est identique à celui décrit lors d'un usage isolé), le syndrome schizophréniforme (il se caractérise par un vécu paranoïde, avec idées de persécution et sentiment d'hostilité de l'entourage), et le trouble psychotique chronique (il se caractérise le plus souvent par une négligence de soi, une distractibilité et une léthargie).

Le rôle joué par le cannabis dans la genèse d'accidents psychotiques est donc vraisemblablement mineur. En fait, le produit révèle souvent des troubles préexistants. Ainsi, le cannabis est un simple facteur favorisant, modifiant souvent l'expression d'une schizophrénie.
Par ailleurs, les psychotiques chroniques recourant au cannabis recherchent son aspect socialisateur, paradoxalement psychostimulant et anxiolytique. Toutefois, il semble que la drogue accentue les symptômes, et peut modifier l'équilibre thérapeutique. Aussi, s'il n'y a pas apparemment de lien entre psychose et usage du cannabis chez les individus présentant des signes négatifs de schizophrénie, il semble que l'utilisation du cannabis à forte dose par des schizophrènes puisse atténuer les manifestations déficitaires, ce qui conforte l'hypothèse d'une automédication par cette drogue. De même, il semble que certains psychotiques utilisant du cannabis soient plus agressifs que la population d'usagers de référence. Par ailleurs, le cannabis semble aggraver l'inhibition des personnes souffrant de dépression endogène.


Les manifestations physiques d'un usage occasionnel du cannabis

La toxicité aiguë du cannabis est faible. En effet, la notion de dose mortelle n'existe pas. À quelques exceptions rarissimes près, il n'existe pas de manifestations somatiques susceptibles de mettre l'usager de cannabis en péril. Cela distingue ce produit de drogues comme l'alcool, les opiacés ou les psychostimulants, et explique que le cannabis soit volontiers qualifié de drogue douce.
Par ailleurs, les signes physiques d'un usage occasionnel du cannabis sont observables à plusieurs niveaux:

  • L'appareil digestif: les signes apparaissent lorsque le cannabis est consommé par voie orale. Il s'agit de crampes et de douleurs gastriques, d'une sensation de ballonnement, de troubles du transit. Les signes hépatiques sont rares.
  • L'appareil respiratoire: les effets sont d'ordre allergique (asthme, broncho-constriction, irritation avec toux, etc...). Ils découlent du fait même de fumer et des substances de coupe du haschisch.
  • La fonction cardiaque: les modifications du rythme sont inconstantes et variables. Elles peuvent exposer à des risques de troubles du rythme chez des individus insuffisants cardiaques consommant de fortes quantités de cannabinoïdes.
  • Les réactions allergiques: elles restent rares, et sont le plus souvent induites par les contaminants de la préparation (moisissures du haschisch).
  • Les perturbations métaboliques: le cannabis modifie la consommation de glucose dans le cerveau, comme de nombreuses autres substances.

Les manifestations physiques d'un usage fréquent et prolongé du cannabis

Les effets d'un usage fréquent et prolongé sont également limités, comparés à ceux qu'induisent d'autres drogues. Toutefois, l'association au tabac potentialise la toxicité chronique du cannabis. Cet effets ont observables à plusieurs niveaux:

  • L'appareil respiratoire: associé à celui du tabac, l'usage de cannabis induit des altérations fonctionnelles des voies respiratoires, affectant préférentiellement les bronches (enrouement persistant, toux, bronchites à répétition). La combustion du haschisch libère des goudrons toxiques, comme celle du tabac, ce qui incline certains consommateurs à privilégier la voie orale ou le recours à des vaporisateurs. Tout comme avec le tabac, un usage prolongé de cannabis diminue la capacité oxyphorique du sang, c'est-à-dire sa capacité à transporter l'oxygène vers les tissus.

  • Les fonctions immunitaires: au plan de la clinique, aucune aggravation du statut immunitaire des patients cancéreux ou sidéens consommant du cannabis n'a pu être mise en évidence.

  • Un pouvoir cancérogène: la fumée des cigarettes de cannabis contient de nombreuses substances toxiques (naphtylamines, nitrosamines, benzène, benzanthracène, benzopyrènes). Cette fumée s'est révélée carcinogène à l'égard de cultures cellulaires. Les cannabinoïdes inhibent in vitro l'incorporation de précurseurs des macromolécules (ADN, ARN, protéines) dans les lymphocytes stimulés par des mitogènes, probablement en modifiant la structure membranaire de la cellule.

La tolérance au cannabis

Le développement d'une tolérance lors de la consommation de cannabis a donné lieu à une importante polémique, qui n'est d'ailleurs pas véritablement close, car divers phénomènes se conjuguent: habileté de l'usager à inhaler plus intensément le produit, induction enzymatique diminuant les taux de THC mais augmentant ceux de son métabolite actif, diminution de la sensibilité des récepteurs aux cannabinoïdes.
On considère qu'une tolérance au cannabis se développe lors d'un usage chronique prolongé, et ce d'autant plus que les variétés utilisées sont concentrées en THC. Elle demeure cependant quantitativement faible. Elle est croisée avec l'alcool, les tranquillisants et aussi les morphiniques.


La dépendance au cannabis

L'arrêt brutal de la consommation de cannabis chez un individu consommant une forte dose depuis longtemps induit des signes de sevrage maintenant bien individualisés. Ceux-ci surviennent environ 12 à 24 heures après la dernière prise, pour s'intensifier pendant un à deux jours avant de disparaître spontanément en trois à cinq jours.
Ces signes se caractérisent par:

  • une anxiété vive avec irritabilité,
  • une agitation,
  • une insomnie,
  • une anorexie,
  • une altération transitoire de l'état général dans un syndrome pouvant rappeler un épisode grippal.

Il n'y a pas de signes psychotiques véritables. Quelques auteurs rapportent un tableau d'allure psychotique au sevrage chez des consommateurs réguliers de quantités importantes, analogue au delirium tremens de l'alcoolique et comportant des troubles de l'humeur. En revanche, il n'y a généralement pas de signes spécifiques succédant à l'arrêt d'une consommation modérée de cannabis.


La prise en charge

La consommation de cannabis à l'adolescence est un phénomène fréquent. Il convient de le dédramatiser au maximum, mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit souvent d'un symptôme parmi d'autres d'un sentiment de mal-être. Les parents ainsi que tous les proches doivent être sensibilisés à cette réalité. Une situation communément rencontrée est celle de l'adolescent contraint par ses parents à consulter, après que ces derniers aient découvert de façon fortuite qu'il lui arrive d'utiliser du cannabis, notamment en groupe, lors de soirées festives. Ainsi, la pression familiale est intense, au point qu'elle risque d'engendrer un conflit.
Lorsque toutes les conditions d'un échange confiant entre l'adolescent et ses parents sont réunies, il n'y a pas lieu de s'inquiéter ni de recourir à un quelconque traitement. en effet, ce problème relève surtout de la pédagogie familiale. Au contraire, si la communication est difficile entre les deux générations, il est conseillé de réunir les protagonistes pour susciter une réflexion qui portera moins sur la pharmacologie de la drogue que sur la restauration d'une communication familiale authentique.
Lorsque l'utilisation du produit est fréquente, parfois quotidienne, et s'accompagne d'une désinsertion scolaire, d'une désocialisation, il faut évaluer l'incidence de la problématique familiale sur la souffrance de l'adolescent et l'éventuelle présence de troubles psychiques susceptibles de donner lieu à décompensation progressive. Le médecin doit obtenir à terme la suspension ou la réduction de la consommation du cannabis, tout comme celles de l'alcool et du tabac souvent associés de façon massive, et proposer une psychothérapie. Il faut suggérer, et négocier au besoin avec la famille, la recherche d'un nouvel équilibre de vie pour le jeune consommateur.
L'adolescent polytoxicomane, même s'il ne consomme pas de drogue injectable, pose le problème délicat d'un recours quasi systématique au chimique (cannabis, alcool, tabac, solvants, médicaments) face aux frustrations et aux conflits de son quotidien. Les perturbations scolaires, professionnelles et sociales sont très importantes, sur fond de troubles psychopathologiques. Il faut alors redouter parfois des liens avec le milieu des toxicomanes avérés et la généralisation d'une économie basée sur la délinquance (vols, escroqueries, falsifications). Ce cas de figure impose une prise en charge suivie, pouvant être initiée par une hospitalisation brève ou, du moins, par un séjour en institution. Il s'agit d'instaurer une stratégie thérapeutique individualisée, ne reposant pas sur la prescription de médicaments (exception faite d'éventuels anxiolytiques) mais sur une relation psychothérapeutique visant la reconnaissance et le dépassement des difficultés relationnelles et affectives, des inhibitions, des angoisses, des signes d'agressivité.
Une thérapie systémique, incluant les divers membres de la famille, peut être proposée en vue d'une redistribution des interactions entre les protagonistes pour permettre à l'individu de se dégager le plus rapidement possible de son identité de toxicomane.


Autres termes psychologiques :