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La définition de Bouffée délirante


Une bouffée délirante est un épisode psychotique transitoire. Elle se caractérise par un délire à thèmes polymorphes, souvent accompagné de troubles hallucinatoires multiples. Elle survient brusquement chez un individu jusque-là indemne de troubles psychiques graves et rétrocède spontanément au bout de deux à trois semaines en guérissant la plupart du temps, sans laisser de séquelles.


La bouffée délirante selon Magnan

De 1880 à 1890, Valentin Magnan et son école de l'hôpital Sainte-Anne ont décrit ces manifestations délirantes. Celles-ci sont subaiguës à début brutal et inattendu, sans systématisation, souvent illogiques et absurdes, à contenus multiples et variables (avec une certaine prédominance de thèmes persécutoires et mystiques). En outre, elles s'accompagnent souvent de phénomènes hallucinatoires plurisensoriels et se produisent sur des individus prédisposés au terrain psychique particulièrement fragile (les dégénérés).
Aussi, ces personnes atteintes de dégénérescence sont pour Magnan des sujets tarés, soit arriérés et débiles mentaux, soit dégénérés supérieurs atteints de déséquilibre et de lacunes du sens moral, de l'émotivité ou de l'intelligence.


Bouffée délirante versus psychose délirante

Dans les conceptions de l'école de Saint-Anne, la bouffée délirante des dégénérés s'oppose à la psychose délirante chronique. En effet, cette dernière se caractérise par un délire bien construit et son évolution systématique survient sur une personnalité antérieure normale.
Par ailleurs, dans les bouffées délirantes, on observe, en plus des troubles délirants et hallucinatoires, un trouble thymique allant de la dépression à l'excitation d'allure maniaque et d'une habituelle altération de l'état de conscience et de la vigilance. Celle-ci se caractérise par:

  • Une distractivité.
  • Une aprosexie.
  • Une atteinte subconfusionnelle de l'orientation spatiale et temporelle.

C'est la raison pour laquelle la bouffée délirante a souvent été confondue avec un délire onirique d'origine toxique, une psychose imaginative aiguë, une crise oniroïde, ou encore un état confuso-onirique où la conscience est en grande partie déstructurée.


Les travaux de Henry Ey sur les bouffées délirantes

Henry Ey, avec cette notion de déstructuration du champ de la conscience, a donné à ces bouffées et états délirants subaigus leur véritable identité psychopathologique. Il les a opposés aux affections mentales chroniques, en rapport avec une atteinte de la personnalité.
Par ailleurs, il a montré que le contexte de survenue de la bouffée délirante peut être très varié:

  • Elle peut être liée à un état dysthymique avec une déstructuration de conscience plus profonde que dans la simple manie ou mélancolie.
  • Elle peut représenter le début ou l'exacerbation d'une schizophrénie jusque-là latente.
  • Elle peut être réactionnelle, en rapport avec un état de stress ou, parfois, une maladie organique, une intoxication, un syndrome de choc ou d'épuisement. C'est le cas, par exemple, des bouffées délirantes réactionnelles des victimes d'un tremblement de terre ou d'un bombardement.

Aussi, sans évoquer de nouveau la vieille dégénérescence, Ey admet qu'une personnalité immature, fragile, labile sur le plan émotionnel favorise la survenue d'une telle affection.


Le pronostic de la bouffée délirante

Le pronostic reste le problème majeur de la bouffée délirante. En effet, son évolution est loin d'être uniforme:

  • Dans 1 cas sur 7, la bouffée a été le premier diagnostic d'une schizophrénie débutante.
  • Dans 1 cas sur 4, l'évolution a été celle d'une psychose maniaco-dépressive.
  • Dans 1 cas sur 10, elle a représenté l'accident aigu d'une personnalité borderline.
  • Dans 1 cas sur 2, elle a été sans lendemain.

C'est pourquoi le pronostic peut rester optimiste, toutefois avec une certaine prudence. En outre, le pronostic est sans doute aussi fonction du traitement, pour lequel l'hospitalisation est indispensable.


Le traitement de la bouffée délirante

Le plus souvent, le traitement associe un neuroleptique incisif à un neuroleptique sédatif. Au début, il est généralement prescrit par voie intramusculaire, étant donné la réticence habituelle du patient. Par la suite, il est pris par la voie orale, avec une poursuite du traitement neuroleptique dans les semaines qui suivent la sortie du patient. Aussi, en cas d'évolution favorable, c'est-à-dire, en cas de disparition totale des idées délirantes et de réinsertion socioprofessionnelle correcte, son arrêt progressif peut être envisagé. Mais il est indispensable dans tous les cas de continuer à suivre le patient pendant au moins deux ans.
Il a été parfois conseillé, en cas de récidive sur un mode maniaco-dépressif, de mettre en route, à titre préventif, une lithiothérapie.


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