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La définition de Bion


Wilfred Ruprecht Bion, psychiatre et psychanalyste (1897-1979).Wilfred Ruprecht Bion est un psychiatre et un psychanalyste britannique. Il est né à Muttra, en Inde, en 1897. Il est mort à Oxford, en 1979.
Il a été le disciple et l'analysant de Melanie Klein. Il a également été le président de la Société britannique de psychanalyse de 1962 à 1965. Bion débuta sa carrière comme médecin en 1932 à la célèbre clinique Tavistock de Londres. Par ailleurs, son élaboration théorique possède une spécificité particulière qui s'articule en plusieurs axes.


L'axe relatif à la période groupale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Bion est psychiatre militaire. Il constate alors qu'en collectivité, une tendance régressive et émotionnelle s'oppose à la réalisation d'une tâche ou groupe travail. Cette opposition aboutie à l'échec (l'affect). Il définit alors la terminologie de mentalité groupale pour désigner la tonalité globale qui se dégage du groupe, comme s'il s'agissait d'une seule et même personne. Il s'agit d'une culture de groupe pour appréhender ce qui résulte des conflits entre ladite mentalité et les désirs particuliers des participants. Aussi, pour la qualifier, il détermine trois hypothèses (hb) ou suppositions de base:

  • L'hypothèse de base dépendance (hb D): elle signale la nécessité d'un leader absolu (par exemple, tout groupe religieux et son Dieu).
  • L'hypothèse de base attaque fuite (hb AF): l'unité est assurée par un ennemi commun extérieur qu'il faut attaquer ou fuir.
  • L'hypothèse de base de couplage (hb C): elle est fondée sur l'espoir de la survenue d'un événement futur propre à sauver le groupe sur le modèle du couple qui attend un enfant.

Par ailleurs, chaque hb implique un fonctionnement automatique dans un registre précis, la tendance d'un individu à y participer est sa valence, sa propension opposée à effectuer un travail, étant sa coopération. En outre, il existe des groupes de travail spécialisés qui déterminent des instances sociales (par exemple, hb D et Église, hb AF et armée, hb C et aristocratie).
Le changement catastrophique correspond à une perte d'équilibre d'un groupe à l'occasion de l'introduction d'idées nouvelles. En effet, dans chaque groupe un individu exceptionnel peut émerger: le mystique qui peut entretenir avec son groupe des relations de commensalisme, de symbiose, ou de parasitisme.


L'axe relatif à la théorie de la psychose

Cette période s'étend de 1950 à 1962, et concerne presque exclusivement la schizophrénie. Bion a le mérite de proposer une conception de la psychose relativement indépendante, une psychogenèse originalement fondée sur l'oralité et l'interprétation de ses éventuels avatars. Selon lui, durant la phase dite schizo-paranoïde, l'enfant normal projette un contenu (ses mauvais sentiments, ses émotions incontrôlables ainsi qu'une partie de sa psyché), vers un contenant (sa mère, un bon sein supposé pacifier ce qui est néfaste). Puis l'enfant réintrojecte ledit contenu une fois bonifié. Aussi, en raison d'une disposition innée et haineuse, le futur schizophrène ferait l'objet de fantasmes sadiques oraux majeurs, dirigés par projection contre le sein.
Ainsi, l'envie massive du nourrisson peut interdire à la mère de jouer son rôle si elle n'accepte pas l'ampleur de cette phase schizoïde. De fait, le lien avec le sein humanisant étant endommagé, l'enfant est dépossédé de l'appareil destiné primitivement à réguler les affects trop intenses. Les attaques sont alors retournées contre son propre appareil à perceptions. Cela a pour conséquence de cliver sa personnalité en fragments expulsés à l'extérieur et altère la prise de conscience de la réalité. Ainsi, les parties du moi éjectées mènent une existence indépendante à côté de l'enfant, qui se croit alors entouré d'objets bizarres et envahissants.


L'axe relatif à la période épistémologique

Il s'agit d'une abstraction extrêmement développée et complexe. Selon Bion, dans la personnalité la fonction a opère sur les impressions sensorielles et les expériences émotionnelles perçues, en leur faisant changer d'état par rapport à leur structure d'origine. Elles deviennent alors des éléments a, qui peuvent à leur tour soit être transformés à nouveau, soit emmagasinés, soit refoulés. Aussi, les éléments non transformés qui restent à l'état brut sont des éléments b. Ils sont expulsés par identification projective et vécus comme des choses en soi.
L'ensemble des éléments a forment une barrière de contact qui, à l'image d'une membrane semi-perméable, protège l'appareil psychique et constitue la base de toute relation normale. L'écran d'éléments b, formé d'éléments b agglutinés, caractérise la psychose.
Par ailleurs, sur le modèle de l'enfant au sein, Bion établit une théorie de la pensée, subdivisée dans son degré d'abstraction en étapes. Ainsi, elle lui permet d'établir la grille. Il s'agit d'instrument destiné à rendre compte de la teneur de la séance et de l'échange avec le patient:

  • Sur l'axe vertical: des lettres majuscules dénotent un niveau croissant de l'abstraction (ligne A pour les éléments b ; ligne B pour les éléments a ; ligne C pour les rêves, les mythes, les hallucinations ; ligne D pour les préconceptions ; ligne E pour les conceptions ; ligne F pour les concepts ; ligne G pour le système scientifique ; ligne H pour le calcul algébrique).

  • Sur l'axe horizontal (ou l'axe des emplois): des numéros déterminent des colonnes (1 pour les hypothèses de définition, énoncés vides de sens ; 2 pour les faux énoncés ; 3 pour signaler une notation, fait de mémoire ; 4 pour caractériser l'attention, principalement flottante ; 5 pour les éléments de recherche ; 6 pour ce qui concerne l'action).

Ainsi, le croisement des lignes verticales et horizontales produit 64 cases. Celles-ci sont supposées spécifier la catégorie du discours à l'oeuvre dans une séance.
Pour Bion, l'analyse est un monde où s'opèrent des transformations T. Ainsi, tout énoncé est une transformation d'une expérience d'abord émotionnelle, un fait originaire symbolisé par O. Cette origine est inconnaissable, c'est la chose en soi. Le processus de transformation Ta conduit à un produit final transformé Tb. L'invariance est ce qui reste inaltérable en O par Ta et qui en Tb permet de retrouver O. L'analyste dans la séance n'a accès qu'au Tb du patient et se penche sur les trois sortes de transformations à l'oeuvre (à mouvement rigide, projective ou dans l'hallucinose). En outre, il existe des transformations dans O, appelées changements catastrophiques qui peuvent être positifs (notés C) ou destructeurs (notés -C).


Les ouvrages de Bion

Parmi les œuvres de Bion, on peut citer notamment Recherches sur les petits groupes (1961), Aux sources de l'expérience (1962), Éléments de psychanalyse (1963), Transformations (1965), Réflexion faite (1967), l'Attention et l'Interprétation (1970), ou encore Entretiens psychanalytiques (1973).


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