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La définition de Attribution causale


L'attribution causale est un processus cognitif qui permet d'inférer des causes à partir des événements ou des comportements observés. L'idée de base est que les gens, confrontés à des conduites, à des événements ou à des états psychologiques, cherchent à en connaître les causes. Aussi, ces causes seraient soit propres à la personne (il s'agit, par exemple, des capacités, de la motivation, ses intentions, etc...), soit dues à l'environnement (par exemple, la chance, etc...). Dans le premier cas, on parle de causalité interne, tandis que dans le second cas, on parle de causalité externe.


Le besoin d'expliquer

Les individus iraient au-delà des données directement observables dans une situation pour expliquer celle-ci, pour la comprendre et pour y adapter leur comportement. Ils chercheraient à donner un sens aux événements, aux comportements et aux interactions. Pour Fritz Heider, ce serait le processus par lequel « l'homme appréhende la réalité et peut la prédire et la maîtriser ». En somme, l'attribution causale permet de concevoir l'environnement comme quelque chose de stable et de cohérent.
Mais cette démarche n'est pas désintéressée. En effet repérer des facteurs explicatifs plus ou moins stables permet non seulement de savoir comment agir dans telle ou telle situation, mais aussi d'établir des prévisions pour le futur. En fait, si l'on cherche à expliquer les choses, c'est qu'il existerait chez l'homme un besoin de maîtriser et de contrôler son environnement. Et c'est ce besoin qui est à l'origine des processus d'attribution causale.


Le déclenchement d'une attribution causale

Lorsqu'il y a incohérence ou une non-stabilité de l'environnement, ou lorsqu'une incertitude ou un conflit pèse sur ce même environnement, nous en recherchons les causes. À l'inverse, lorsqu'on est engagé dans des activités quotidiennes et familières ou lorsqu'on observe des activités de ce type, on se baserait sur ce qu'on appelle des scripts, c'est-à-dire une séquence d'événements cohérents qui sont attendus par l'individu et qui l'impliquent soit comme acteur, soit comme observateur. Ainsi, on ferait très souvent l'économie d'une activité mentale impliquée dans la recherche d'une explication dans la mesure où l'on a intégré des schémas stéréotypés de comportements et d'attentes qui nous permettent d'agir sans avoir à nous livrer à une activité réflexive.


Le déroulement d'une attribution

Le processus d'attribution se déroulerait de la façon suivante:

  • 1° L'observateur repère les effets d'une action.
  • 2° Il compare ces effets aux effets de(s) l'action(s) possible(s) mais non effectuée(s) par l'acteur, afin de déterminer les effets communs et les effets spécifiques.
  • 3° L'observateur attribue, c'est-à-dire qu'il établit une correspondance entre l'action, une intention et une disposition, en se basant sur les effets spécifiques de l'action choisie et de(s) l'action(s) rejetée(s).

Cependant, chaque situation ne demande pas nécessairement une analyse causale complète et, de toute façon, cette analyse ne peut souvent pas être faite, faute de temps ou d'information. C'est pourquoi Kelley introduit la notion de schéma causal.
Il s'agit d'une conception générale que la personne a développée concernant la façon dont certains types de causes interagissent pour produire des effets spécifiques. On adopterait souvent ces schèmes causaux qui constituent des raisonnements courts, le plus souvent adaptés à la compréhension de ce qui se passe mais assez éloignés de la normativité scientifique. Ainsi, si un individu est confronté à un événement rare, complexe, il appliquera plutôt le schème des multiples causes nécessaires, qui suppose l'intervention de plusieurs causes, aucune d'elles n'étant suffisante pour produire l'événement en question. Dans des situations plus banales, chacune des différentes causes possibles sera perçue comme suffisante pour produire un effet donné. Dans ce cas, le rôle d'une cause dans la production de l'effet est perçu comme plus faible que s'il n'y avait pas d'autres causes possibles.
On aurait alors recours au principe d'élimination, qui consiste à minimiser l'influence de certaines causes pour considérer qu'une seule des causes possibles est suffisante.


Les conséquences des attributions

Les conséquences des attributions peuvent s'observer sur plusieurs plans:

  • Sur le plan émotionnel: Selon Stanley Schachter, une émotion dépendrait la fois d'une activation physiologique (par exemple, des tremblements, de la tachycardie, etc...) et de cognitions ou d'attributions causales permettant d'expliquer pourquoi on ressent cette activation physiologique. Pour d'autres auteurs, une véritable activation physiologique ne serait pas nécessaire pour qu'une personne ait une émotion. C'est la position de Bernard Weiner, pour qui les cognitions et, notamment les attributions, sont des causes nécessaires et suffisantes des émotions.
    Par ailleurs, ces théories ont connu un grand nombre d'applications thérapeutiques. Lorsqu'une personne est confrontée à des états corporels qu'elle est incapable de maîtriser, cela provoque de l'anxiété, qui va elle-même augmenter le côté perturbateur de cette situation. Or, si l'on donne une explication de ces états corporels, même inadéquate, alors l'état du patient devrait s'améliorer. On en arrive donc à élaborer des thérapies basées sur des erreurs d'attribution ou sur ce qu'on appelle des mésattributions, qui consistent à faire attribuer par un patient l'augmentation de son degré d'activation ou de stress à une cause autre que celle qui est à l'origine de cette activation, afin de réduire sa réaction émotionnelle.

  • Sur le plan psychologique: lorsqu'un individu est confronté à une situation dont il ne contrôle pas ou ne croit pas contrôler les issues, on assiste à ce qu'on appelle un phénomène de résignation acquise. Il s'agit des conséquences négatives d'une expérience, vécue par l'individu, de la non-maîtrise de son environnement ou d'événements incontrôlables. Ce phénomène aurait des répercussions à trois niveaux: au niveau motivationnel (l'individu n'est plus motivé pour contrôler la situation), au niveau cognitif (l'individu n'est plus capable d'établir une relation entre ce qu'il fait et ce qui lui arrive), et au niveau émotionnel (l'individu tombe dans un état de dépression ou de désespoir).
    À l'inverse, lorsque les gens exercent (ou pensent exercer) un contrôle sur leur environnement, ce sentiment de contrôle les aide à s'adapter aux événements et constitue un facteur de confort psychologique qui peut même aller jusqu'à affecter la santé physique et mentale.

  • Sur le plan défensif: dans certains cas, cela conduit à considérer qu'une victime est responsable de ce qui lui arrive. Ce peut être une bonne façon de se rassurer en se disant que cela ne pourrait nous arriver. En effet, si le sort de cette victime était dû à la fatalité, nous risquerions de subir le même destin. Si, par contre, la victime est perçue comme responsable, alors nous pouvons échapper à ces aléas.
    Ce qui est sous-jacent à ce type d'interprétation est toujours la motivation à contrôler l'environnement. En effet, si les gens ont besoin de croire qu'ils ont un contrôle sur leur environnement, il faut qu'ils puissent éliminer le hasard des causes possibles des événements. Aussi, pour Melvin Lerner, une façon de nier l'intervention du hasard consiste à croire ou à faire l'hypothèse que nous vivons dans un monde juste, dans lequel les gens obtiennent généralement ce qu'ils méritent. Ainsi, nous n'accepterions pas de penser que le monde dans lequel nous vivons est incohérent et que les bonnes et les mauvaises choses, les récompenses et les punitions sont distribuées de façon aléatoire.
    À partir de cette croyance, si quelqu'un souffre sans qu'on trouve aucune raison valable à sa souffrance et sans qu'on puisse corriger cette injustice, on aurait davantage tendance à considérer que cette personne est responsable de son sort.

Le biais d'attribution causale

Il s'agit d'une distorsion dans l'attribution d'un comportement observé à des causes internes ou externes. En effet, le jugement est sujet à des distorsions systématiques. Aussi, de nombreux biais ont été mis en évidence. Parmi eux, on peut distinguer ceux qui se manifestent au niveau individuel (surestimation d'un type de causalité), interindividuel (asymétrie de la perception de soi et d'autrui) et intergroupe (asymétrie de l'attribution selon l'appartenance de groupe).


Le biais d'attribution causale au niveau individuel

L'un des principaux biais individuels est l'erreur fondamentale. Ce biais désigne la tendance à privilégier la causalité interne au détriment des facteurs de situation et des contraintes de rôle. Les travaux montrent que, contrairement aux prescriptions du modèle dit des inférences correspondantes, les individus infèrent que l'acte d'une personne traduit une disposition interne même s'ils perçoivent l'acte comme non intentionnel et contraint. Ce biais de correspondance est d'autant plus marqué qu'il s'agit d'expliquer le comportement d'autrui et pourrait contribuer à la formation de stéréotypes.
Les interprétations qui en sont proposées sont de trois ordres:

  • Les interprétations cognitives: le comportement, et par là même la personne qui l'exprime, est plus saillant que la situation. Or, ce qui est saillant est perçu comme plus important du point de vue de la causalité. Ainsi, l’erreur fondamentale traduirait un ajustement insuffisant dû au sous-emploi de des informations situationnelles.

  • Les interprétations motivationnelles: elles ne concernent que les autoattributions. Elles proposent que cette erreur réponde à un besoin de contrôle conduisant à croire que nos comportements sont relativement indépendants des déterminismes extérieurs. Ainsi, un sentiment d'absence de contrôle peut entraîner un état dépressif et, inversement, un sentiment de contrôle, même illusoire, peut aider à s'adapter aux événements. Ce besoin irait de pair avec la croyance selon laquelle nous vivons dans un monde juste dans lequel les gens méritent ce qu'ils obtiennent.

  • Les interprétations sociétales: elles font référence à l'existence d'une norme d'internalité, propre aux sociétés libérales, valorisant les explications et les gens qui accentuent le poids causal des acteurs. Cette valorisation des explications internes se refléterait au niveau du langage, qui véhicule des causalités implicites.

Par ailleurs, parmi les biais individuels, on peut également citer l'autocomplaisance. Ce biais désigne la tendance à attribuer ses succès à des causes internes et ses échecs à des causes externes. En fait, ce biais répondrait au besoin d'avoir une image de soi positive et de la préserver.


Le biais d'attribution causale au niveau interindividuel

Parmi les biais interindividuels, on peut citer le biais acteur-observateur. Ce biais désigne le phénomène suivant: alors que celui qui effectue un comportement invoque plus volontiers des facteurs situationnels pour expliquer son propre comportement, celui qui l'observe privilégie les explications internes en termes de dispositions personnelles.
On peut également citer l'égocentrisme comme biais interindividuel. Il concerne plutôt l'attribution de responsabilité. Il désigne la tendance à surestimer sa part de responsabilité dans un produit commun. Ce biais peut également se manifester au niveau du groupe.


Le biais d'attribution causale au niveau intergroupe

L'attribution causale n'est pas indépendante des divers réseaux de groupe à l'intérieur desquels les individus sont à la fois sources et cibles d'attribution. En particulier, la catégorisation entre groupe d'appartenance et autres groupes conduit à certains biais.
Aussi, parmi les biais intergroupe, on peut relever le biais d'ethnocentrisme. Il désigne la tendance à favoriser son groupe d'appartenance, en attribuant plus volontiers les actes positifs (c'est-à-dire socialement valorisés) à des causes internes s'ils sont le fait d'un membre de son groupe, et à des causes externes s'ils sont le fait d'un membre d'un autre groupe, et inversement pour des actes négatifs. On parle d'erreur ultime lorsque le biais se manifeste de façon réciproque dans un contexte intergroupe.
Par ailleurs, la manifestation de ce biais dépend fortement des rapports de pouvoir qu'entretiennent les groupes.


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