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La définition de Asile d'aliénés


Un asile d'aliénés est un établissement hospitalier public où étaient traités les malades mentaux. En France, à partir de 1938, ce terme a été remplacé par celui d'hôpital psychiatrique, puis par le terme de centre psychothérapique ou de centre hospitalier spécialisé.


La préconisation de l'isolement par Pinel

Déjà vers la fin du XVIIe siècle, Philippe Pinel avait conseillé la création d'établissements publics réservés à l’internement et au traitement des aliénés. Ainsi, Bicêtre pour les hommes, la Salpêtrière pour les femmes, représentaient, avec Charenton, les premières expériences parisiennes. Cependant, malgré les réformes proposées par Pinel, et partiellement appliquées, ces institutions n'étaient pas des exemples à imiter, ne serait-ce que par leur trop grande importance et la lourdeur de leur fonctionnement médico-administratif.
Plus précisément, ce que Pinel avait surtout préconisé, c'était l'isolement de l'aliéné pour lui éviter, au moins durant la première partie de la cure de sa maladie, les contacts avec son milieu familial et social, dont il avait bien vu tous les effets pathogènes à la fois sur le déclenchement et l'entretien des troubles mentaux. Cet isolement est d'ailleurs pour lui la condition essentielle du traitement moral lorsqu'il en expose pour la première fois les principes en 1798.


Un isolement devenu un moyen thérapeutique

Cette condition préconisée par Pinel est devenue peu à peu l'axe même du traitement. En effet, un glissement est perceptible entre les deux éditions du Traité médico-philosophique, et deviendra un véritable dérapage sous la plume d'Esquirol dans son mémoire de 1832, où l'isolement est devenu pour lui « un grand moyen de guérison des aliénés ». Et il est à la fois utile et nécessaire, en particulier « pour leur sûreté, pour celle de leurs familles et pour l'ordre public ».
Là s'inscrit la doctrine de la loi de 1838 qu'Esquirol a inspirée au ministre de l'Intérieur de l'époque, le comte de Gasparin. Comment s'étonner dès lors de ce que, à la Chambre des pairs, où est discutée la loi, un des représentants, jugeant l'analogie parfaite entre isolement thérapeutique et placement en milieu fermé, se félicite de « cette heureuse coïncidence qui, dans l'application des mesures rigoureuses, fait concourir l'avantage du malade avec le bien général » ?


L'internement comme gestion administrative de la déviance

On comprend que cette récupération politique d'une méthode médicale déjà bien pervertie ait rendu de grands services à la société bourgeoise de la monarchie constitutionnelle, puis du second Empire et de la IIIe République. Ainsi, comme l'a souligné Robert Castel, les asiles d'aliénés sont devenus « des lieux exclusifs de gardiennage, terrains désolés pour une gestion purement administrative de la déviance. Les psychiatres ont répété le ritualisme monotone de la ségrégation sociale. On ne leur demandait pas autre chose. » Et les asiles ont ainsi provoqué, entretenu et aggravé la chronicisation de malades mentaux de plus en plus nombreux, et dont l'internement risquait le plus souvent d'être définitif.


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