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La définition de Art-thérapie


L'art-thérapie désigne une entreprise à visée thérapeutique utilisant la médiation d'une conduite et de son objet et se référant explicitement aux catégories de l'art.
L'art-thérapie est parfois considérée comme une méthode thérapeutique pour résoudre certaines difficultés psychologiques. Généralement, elle entre dans le cadre des méthodes d'aide psychothérapiques. Elle concerne le plus souvent l'utilisation de techniques relevant des arts plastiques (la peinture, le dessin, la sculpture, la musique, la danse, le théâtre, etc...).


L'histoire de l'art-thérapie

Le concept d'art-thérapie est né de l'observation clinique. Il repose sur la constatation de l'expression spontanée des malades de conduites dites normales, habituellement considérées comme artistique. Aussi, pour Jean-Pierre Cartier, si les thérapeutiques anciennes des maladies mentales ne manquaient pas d'inclure l'utilisation de l'art, il ne s'agissait que d'un recours passif à des stimulations artistiques. Celles-ci étaient censées réintroduire dans l'esprit malade l'harmonie qui lui faisait défaut.
Cette pratique se poursuit aujourd'hui dans les thérapies dites réceptives, où l'individu est mis en présence d'un produit artistique, par opposition aux thérapies actives ou créatives, où il est invité à le réaliser.
Au XIXe siècle, le développement de la clinique psychiatrique et l'essor des thérapeutiques entraînèrent une raréfaction du recours à l'art, sans toutefois que ce dernier soit véritablement abandonné. Des expériences d'inspiration scientifique furent menées afin d'explorer la validité thérapeutique des techniques qui en découlent. Elles reléguèrent leur utilisation au rang de thérapie adjuvante, dont le but explicite fut de plus en plus de placer le patient dans des conditions externes où intervient l'art, afin de détourner son attention de ses préoccupations morbides et de lui faire explorer d'autres champs de perception et de pensée. Parallèlement, l'attention des cliniciens se porta sur l'expression spontanée des aliénés. Les réalisations plastiques de ceux-ci furent intégrées dans les descriptions de leurs symptômes. En même temps, on assista à un renouveau des tentatives faites par la psychopathologie pour annexer la psychologie de la création artistique. La création spontanée des malades et l'effet comportemental de celle-ci fut la source d'une première organisation conceptuelle dont est issue la thérapie occupationnelle. L'observation est la suivante: non seulement les malades vont mieux dès qu'on leur donne de quoi s'occuper, mais ils vont mieux aussi dès qu'on les laisse s'occuper par eux-mêmes et de quelque chose qui, pourtant, est étroitement en corrélation avec leur mal. Il apparaît donc logique d'encourager ce genre d'activités, voire de les utiliser comme monnaie d'échange dans les tentatives de socialisation. On passe alors de l'idée de distraction à celle d'expression.
L'expression plastique, de spontanée, devient autorisée, puis favorisée. Il devenait évident que les réalisations plastiques permettaient aux malades d'exprimer ce qui les préoccupait en contournant les limites imposées à leurs manifestations verbales aussi bien par leur réticence que par l'indicibilité de leur expérience morbide.


Les buts et les moyens de l'art-thérapie

L'art-thérapie intègre un geste et un objet concret qui prend sens à la fois par lui-même et par le processus qui l'a fait naître. Les façons de considérer la place et la polarité de ce geste et de cet objet sont dès lors très variables. Cela tient aussi à la diversité des pratiques. En effet, si l'art-thérapie a la réputation de concerner surtout la référence aux arts plastiques, la musique, la danse, le théâtre, le masque et les marionnettes offrent aussi des médiations plus ou moins spécifiques. Celles-ci semblent plutôt ressortir à des tonalités émotionnelles supposées être favorisées préférentiellement par tel ou tel moyen d'expression, et non à quelque référence à une clinique ou à une psychopathologie.
Cependant, certains pôles d'intérêt se dégagent et l'art-thérapie peut être investie selon plusieurs axes. C'est ainsi que l'on propose, en espérant des bénéfices, une activité, une expression différente, une possible mutation, un plaisir même, étant entendu que, si l'expression non verbale est a priori le lieu de la mise en forme de l'impensable, voire de l'indicible, il n'y a pas obligatoirement un effet thérapeutique au sens d'une mutation. En fait, les bénéfices escomptés d'une art-thérapie se situent aux différents niveaux d'une évolution qui part des activités occupationnelles et des ergothérapies, passe par le contact avec une matière docile ou au contraire résistante, par l'apprentissage de techniques susceptibles de faire naître une production à la fois personnelle et admissible par les autres, issue d'un véritable dialogue avec soi-même pour aller vers la verbalisation d'impressions nouvelles. L'expression est alors liée à un contenu dont la valeur prend un sens plus ou moins symbolique et qui se révèle dans la prise de conscience de nouvelles lois, issues non pas du contexte socioculturel ou des apprentissages anciens, mais des résistances propres au support utilisé. Le point ultime est alors la mise en forme d'un contenu expressif dans un projet de communication de soi au travers d'un codage impliquant l'autre mais ne découlant pas directement de l'autorité propre de celui-ci.
Enfin, l'élargissement des possibilités d'expression au-delà du langage verbal ne peut exclure un retour ultime à celui-ci, considéré alors comme le fin du fin de tout projet authentiquement thérapeutique. À cet égard, l'art-thérapie s'apparenterait au concept d'analyse transitionnelle proposé par Didier Anzieu, c'est-à-dire à une pratique nécessaire et transitoire, destinée à placer le patient dans une situation analytique mais en respectant les besoins internes qui lui en interdisent encore l'accès.
Lorsque l'art-thérapie se rapproche des psychothérapies classiques, la question de l'analyse de l'objet créé se pose alors. Aussi, les techniques divergent entre celles qui proposent une analyse du contenu de l'expression, celles qui n'envisagent qu'une analyse du contenant et celles qui reposent sur les associations verbales suscitées devant l'objet créé. L'oeuvre est alors considérée comme produit de création si elle entraîne chez le créateur comme chez le spectateur un effet de surprise susceptible de déclencher une réflexion.
La capacité de l'oeuvre de créer la surprise peut être regardée comme une sorte d'aboutissement thérapeutique, dans la mesure où elle implique un codage de ce qui auparavant n'était caché que par sa propre évidence, le codage faisant alors fonction de mise en perspective, de dégagement de l'effet traumatique, au sens de la sidération de la pensée, de l'expression brute. Cela revient à poser l'art-thérapie dans un projet qui irait de l'affirmation de soi, d'un établissement de l'identité propre de l'individu vers la création d'un lien de signification fondateur d'une communication interactive, c'est-à-dire un lien intersystémique, modèle du lien intrasystémique représenté par l'élargissement de l'espace interne de dialogue avec soi-même.


La création dans l'art-thérapie

L'extrême diversité des théories relatives à l'art-thérapie illustre assez bien un de ses caractères fondamentaux: la créativité bilatérale. Si le patient est mis dans une situation où il est censé s'éprouver dans une dynamique créatrice personnelle, et y trouver une restauration narcissique, cela se fait en présence d'un art-thérapeute, d'un animateur susceptible de se placer dans les conditions personnelles habituelles d'une thérapie, mais aussi porteur à la fois d'une expérience technique de l'art et d'une expérience personnelle de la création. Cette dernière caractéristique lui permet de créer une relation identificatoire avec le patient, pour qu'il puisse vivre de façon créative et dynamique le travail psychique intense développé lors de la réalisation artistique et dont l'oeuvre se fait le miroir.
Cette oeuvre est ainsi appelée à la fois à témoigner d'une dynamique psychique et à rassurer l'individu sur la stabilité d'une identité pourtant ébranlée par ce travail, mais qu'elle signe et désigne de façon permanente. À ce titre, il est évident que l'art-thérapie ne peut se donner comme but une quelconque recherche du salut par l'art. Finalement, l'oeuvre réalisée en thérapie ne doit être que la réalisation de soi. Toutefois, une telle entreprise risuqe de maintenir le patient dans un état d'infirmité créatrice, la réalisation de l'oeuvre d'art prenant par elle-même le pas sur l'intérêt thérapeutique de la démarche. C'est en cela que l'art-thérapie porte un nom qui risque d'induire en erreur, car son objet est le processus créateur et non pas l'objet créé.


Les techniques d'art-thérapie

Les techniques proposées dépendent généralement des catégories professionnelles auxquelles appartiennent les art-thérapeutes. Aussi, l'accent peut être mis soit sur la technique propre, soit sur l'oeuvre réalisée, soit sur la relation et son devenir. Par ailleurs, l'aspect pédagogique peut être repris soit au titre de l'initiation à une technique censée libérer le patient, soit au titre d'une identification fondatrice au désir du thérapeute.
Sur le plan technique, l'art-thérapie se définit par un contenant et un contenu: le contenant est l'atelier et le contenu, ceux qui s'y trouvent. L'atelier se définit lui-même par ce qui l'inclut, c'est-à-dire l'hôpital ou la société. De fait, l'atelier peut se définir comme un lieu non médical dans l'hôpital, un lieu de secret hors des références de la folie, voire comme un lieu de déni de la maladie. Aussi, son ouverture, sa fermeture, la liberté ou l'organisation de l'accès, sont considérées comme ayant déjà par elles-mêmes des fonctions soignantes.
Le rythme des séances et leur organisation ont également une fonction restructurante. Par ailleurs, les séances d'art-thérapie se font dans le cadre soit d'une atmosphère de groupe, soit d'une relation individuelle. Dans le cas des séances de groupe, les interventions portent sur les interactions à l'intérieur du groupe, sur les influences réciproques et la communication des émotions dont les œuvres sont les supports. Dans le cas des séances individuelles, tout dépend des besoins du patient, et les interventions de l'art-thérapeute peuvent aller d'un certain degré de pédagogie, à une induction dans la réalisation des œuvres de telle sorte que celles-ci puissent porter le style personnel de leur auteur et lui renvoyer une image de certains aspects de son fonctionnement dans le jeu dialectique de ce qui se montre et de ce qui se cache.
Enfin, la dimension purement psychothérapeutique de l'art-thérapie est difficilement isolable. Le travail reste fixé sur la verbalisation, et ne suppose pas d'interventions directes sur le contenu pictural. Il porte sur les associations suscitées par l'oeuvre chez son créateur et suppose qu'elles ne réduisent pas celle-ci.
En somme, l'art-thérapie, qui recouvre un ensemble assez hétérogène de pratiques, est un cadre assez souple pour permettre des usages adaptés à chaque cas. Elle semble offrir un complément à d'autres pratiques thérapeutiques jugées parfois réductrices.


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