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La définition de Argumentation


L'argumentation désigne la construction linguistique de la connaissance, pour soi et pour autrui, à travers l'opposition entre différents points de vue.


L'histoire de l'argumentation

L'étude de l'argumentation remonte à la Grèce antique. Selon Roland Barthes, l'art et la technique de l'argumentation commence avec Gorgias au Ve siècle avant J.-C. Celui-ci enseignait aux jeunes Athéniens comment construire et présenter un argument, un talent indispensable pour réussir dans la vie publique. Ainsi, la rhétorique et l'argumentation étaient surtout des outils pratiques. Pour Aristote également, la rhétorique était l'étude des moyens de persuasion.
Jusqu'au XIXe siècle, et plus précisément, jusqu'au règne de Napoléon III, la rhétorique est restée l'un des sujets centraux des écoles et des universités. Aussi, bien que l'étude pratique de l'argumentation ait été supplantée par le développement de nouvelles sciences, y compris la psychologie, la psychologie sociale moderne a continué à se poser les mêmes questions que Gorgias et Aristote.


L'argumentation en psychologie sociale

Comme eux, les recherches fondatrices sur la persuasion et le changement des attitudes ont pris en compte différents éléments:

  • L'importance de la crédibilité de la source et de l'organisation des arguments.
  • Les vertus respectives de l'argumentation bipolaire et unipolaire, du fait d'apparaître sûr de soi ou d'admettre un peu d'incertitude.
  • L'efficacité des arguments basés sur des menaces relativement aux messages basés sur des promesses.

Cependant, bien qu'ils s'intéressent aux mêmes problèmes, les rhétoriciens et les psychologues les ont abordés de manières différentes. Les psychologues cherchaient des lois générales déterminant l'efficacité des messages. Pour eux, il n'était pas important que l'argument concerne les affaires politiques ou la publicité. Leur intérêt s'est porté plus sur la forme que sur le contenu de l'argument. En revanche, les rhétoriciens se sont préoccupés de la particularité des arguments. Pour eux, des règles générales seraient ou bien impossibles, ou bien banales. Il faudrait plutôt savoir façonner ses arguments pour chaque situation. Dans cette perspective, le contenu est de toute première importance.


La psychologie réthorique

La psychologie rhétorique développe l'idée que nos constructions sont fonction de nos relations sociales. Billig propose qu'on ne peut pas avoir une attitude en l'absence d'une argumentation. Par exemple, à notre époque, demander à quelqu'un son idée à propos de la forme de notre planète n'a aucun sens, car tout le monde sait qu'elle est ronde. Ainsi, nous n'avons d'attitudes que dans le contexte d'une controverse publique. Une attitude est en faveur de quelque chose parce qu'elle est opposée à quelque autre chose.
Cela signifie qu'il faut considérer les attitudes comme des arguments. Il faut prendre au sérieux le langage au travers duquel ils sont construits, et il faut analyser ces arguments dans leur organisation conflictuelle. Cependant, pour Billig, il ne faut pas limiter la pertinence de l'argumentation à des situations où les gens se disputent en public. A ce sujet, il cite l'un des dialogues de Platon qui dit : « La pensée et la parole sont une seule et même chose ; seul existe le fait qu'on a donné à celle-là, qui est une conversation silencieuse et interne de l'âme avec elle-même, le nom particulier de pensée. » Ainsi, la pensée elle-même est de forme argumentative. Au lieu de raisonner en droite ligne, nos pensées sont organisées en dilemmes.
Par ailleurs, pour la psychologie rhétorique, l'argumentation n'est pas simplement un phénomène limité, mais un modèle général et plus encore. Aussi, Billig propose que l'esprit d'argumentation donne éventuellement sa forme non seulement à ce que nous étudions mais aussi à nos propres procédures scientifiques.


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