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La définition de Anna O


Bertha Pappenheim, surnommée Anna O (1859-1936), une patiente de Breuer.Bertha Pappenheim, surnommée Anna O est une femme viennoise née en 1859 et morte en 1936. Elle fut soignée par Joseph Breuer et est souvent considérée comme la première patiente de l'histoire de la psychanalyse.
Le cas d'Anna O est passionnant, notamment en raison de la personnalité exceptionnelle de la malade et la complexité de sa pathologie. En outre, ce cas a été repris et commenté de façons très diverses, a été au centre de rectifications, de mises en perspective, parfois de polémiques considérables dans l'histoire de la psychanalyse.


La biographie d'Anna O

Si Breuer et Freud, dans leurs Études sur l'hystérie, ont gardé l'anonymat à la jeune femme en l'appelant Anna O, nous savons à présent qu'elle se nommait en réalité Bertha Pappenheim. De famille juive orthodoxe, son père, Sigmund Pappenheim, était un riche marchand de Vienne. La jeune femme avait reçu une éducation raffinée, parlait l'anglais parfaitement, lisait le français et l'italien. On ne signale pas dans son adolescence de troubles névrotiques particuliers. Il semble seulement qu'insatisfaite de l'existence un peu étriquée qu'elle menait au sein de sa famille, elle ait eu tendance à se réfugier dans de longues rêveries.
À cela nous pouvons aussi ajouter que cette jeune femme devait se montrer capable, par la suite, d'une activité énergique, mise au service d'idéaux philanthropiques très forts. En effet, après avoir développé une hystérie spectaculaire et en avoir guéri, elle fut la directrice d'un orphelinat pendant environ douze ans.
Elle voyagea dans les Balkans, le Proche-Orient et la Russie pour faire une enquête sur la prostitution. Elle fonda une Ligue des Femmes juives et un établissement d'enseignement. Elle écrivit plusieurs ouvrages (des comptes rendus de voyages, des essais, des nouvelles et des pièces de théâtre).


Sa maladie et son traitement

Sa maladie, ainsi que son traitement ont duré deux ans: de juillet 1880 à juin 1882. Il est évident qu'on en a parfois donné une présentation simplifiée, en faisant ressortir ce qui pouvait avoir une valeur exemplaire. D'ailleurs, Freud lui-même s'était engagé dans cette voie, notamment dans ses Cinq leçons sur la psychanalyse (1910). En outre, il n'est pas rare de se contenter de rapporter que Breuer, appelé en consultation auprès d'une jeune fille atteinte de troubles considérables (toux nerveuse très pénible, paralysie de trois membres avec contracture et insensibilité, troubles importants de la parole et de la vision, incapacité de se nourrir, ou encore, à un autre moment, d'étancher sa soif), ne lui ménagea pas sa sympathie, et à défaut de pouvoir l'aider directement, accepta de l'entendre.
Ayant remarqué que sa patiente entrait régulièrement dans des états d'absence durant lesquels il lui arrivait de « murmurer pour elle-même quelques mots qui donnaient l'impression de provenir d'un ensemble psychique qui occupait sa pensée », il la mit lui-même, au moyen de l'hypnose, dans un état psychique qui rappelait ses états d'absence et lui répéta les mots qu'elle avait murmurés. « La malade se prêta au jeu et reproduisit ainsi en présence du médecin les créations psychiques qui l'avaient dominée durant les absences et s'étaient trahies dans les paroles exprimées ça et là. » Anna O, à cette époque, ne pouvait s'exprimer qu'en anglais. Elle baptisa cette méthode du nom de talking cure, ou encore de chimney sweeping.


La guérison d'Anna O

Le premier exemple de guérison d'un symptôme est rapporté par Breuer dans les Études sur l'hystérie. Il faisait, au début de l'été 1882, une très forte chaleur. Malgré une soif dont elle souffrait très durement, Anna O se trouvait dans l'impossibilité de boire. Elle en vint à se plaindre, sous hypnose, de sa gouvernante qu'elle n'aimait pas. Elle avait vu un jour celle-ci donner à boire, dans un verre, à son chien, une bête répugnante. Elle avait ressenti un violent dégoût, mais n'avait rien dit, par politesse. Après qu'elle eut raconté ce souvenir, le trouble disparut pour toujours.
La guérison de ses autres symptômes devait passer par les mêmes voies, et éclairer par avance le travail thérapeutique avec les autres malades que Freud, notamment, eut à traiter. Cependant, il est vrai que l'histoire de la maladie d'Anna O ne peut être présentée d'une manière aussi simple. Breuer lui-même ne cache pas, dans son texte des Études sur l'hystérie, qu'il y eut, dans la maladie et le traitement, plusieurs phases distinctes, avec plusieurs rechutes. Mais une lecture de ce livre pourrait laisser penser qu'à la fin de la thérapie conduite par Breuer, Anna O était complètement guérie.


Une guérison contestée

Quelques années plus tard, Freud a remis en question cette guérison totale. En effet, il confia à Ernest Jones que quelque chose avait empêché Breuer de mener jusqu'au bout son traitement. Breuer devait développer, à l'égard de sa malade, un attachement prononcé, qu'on n'avait pas encore appris à repérer sous le nom de contre-transfert. Voyant sa femme jalouse, il décida d'interrompre le traitement mais le soir même il fut rappelé au chevet de sa malade, en proie aux douleurs d'un accouchement hystérique. Freud affirme qu'il fut effrayé de la tournure que prenaient les événements, d'autant que Breuer avait toujours soutenu qu'il n'y avait aucune composante sexuelle dans le cas de sa malade. Il raconta aussi à Jones que Breuer partit dès le lendemain avec sa femme pour un second voyage de noces à Venise et que de ce voyage devait résulter la naissance d'une fille. Ainsi le travail thérapeutique ne fut jamais achevé et la malade mit-elle encore quelque temps à finir de se remettre progressivement.
Depuis, cet épisode a été discuté, notamment par Henri Ellenberger, dans un article de L'Évolution psychiatrique (1972). L'auteur y démontre qu'aucune fille ne naquit dans la famille Breuer à la date indiquée par Freud. Il est difficile, assurément, de s'expliquer cette erreur. Sur la base de cette première rectification, un autre auteur, Mikkel Borch-Jacobsen, bien que se présentant lui-même comme philosophe et novice en ce qui concerne l'histoire de la psychanalyse, a tenté de soutenir la thèse selon laquelle l'ensemble du cas d'Anna O constitue un mythe moderne plutôt que le récit objectif d'un cas. Dans son livre, Souvenirs d'Anna O, il fait même rejaillir cette appréciation sur l'ensemble de l'histoire de la psychanalyse. Il est frappant de voir à quel point un projet si considérable peut reposer sur une base faible. Borch-Jacobsen remet ainsi en question, outre la naissance de la fille de Breuer, la grossesse hystérique d'Anna O elle-même. Plus précisément, ce que Jones essaie de faire valoir, à partir des indications de Freud, c'est que Breuer recula lorsqu'il dut constater la nature sexuelle du transfert d'Anna O. Que cette confrontation ait été amenée par un épisode de grossesse hystérique ou simplement par la jalousie de sa propre épouse, qui, elle, est avérée, est-ce tellement différent?
Par ailleurs, Borch-Jacobsen tente de démontrer que l'idée de traumatisme psychique, invoquée par Freud pour rendre compte de l'étiologie de la pathologie hystérique dans des cas comme celui d'Anna O, reprenait des conceptions en vogue à cette époque, et qu'en réalité Breuer avait permis à sa patiente de raconter des fantaisies qui se rapportaient à ses états psychiques plutôt que le souvenir d'événements réels antérieurs.
Quoi qu'il en soit, le cas d'Anna O reste le premier où une cure se fonde clairement sur la parole, sur la verbalisation.


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