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La définition de Aliénation mentale


L'aliénation mentale est un trouble grave et prolongé de l'activité psychique. ce terme est assez proche des notions de folie et de maladie mentale, signifiant à la fois une perte du contact normal à la réalité et avec autrui, et une profonde atteinte de la liberté morale.


Un terme proposé par Philippe Pinel

Dès 1797, Philippe Pinel préconise l'expression d'aliénation mentale pour remplacer le terme de folie, qui n'est pas, pour lui, assez médical, et qui renvoyait à des perspectives existentielles et anthropologiques trop générales. Il écrit dans son article de l'Encyclopédie méthodique (Manie, vésanies, aliénation mentale ou dérangement des fonctions intellectuelles): c'est un « terme heureux qui exprime dans toute leur latitude les diverses lésions de l'entendement ». Il le préfère également à celui de vésanie qui aurait un sens trop limité et largement connoté par celui de névrose, renvoyant ainsi aux maladies organiques du système nerveux.
Pour Pinel, c'est en fait un retour à la vieille terminologie d'aliénation d'esprit qu'on rencontre dans le discours médical dès le début de la Renaissance pour décrire la folie, celle que les médecins doivent soigner, celle aussi qui n'est parfois que transitoire (par exemple, une aliénation par ivresse).


Une terme d'inspiration rousseauiste

Cette définition de l'aliénation mentale est aussi une évocation du sens que Jean-Jacques Rousseau a donné au mot aliénation dans son Contrat social. Alors que, pour le philosophe, le citoyen libre devait justement aliéner une partie de sa liberté naturelle en faveur de la société, seule capable de défendre la liberté conventionnelle de chacun, pour l'aliéniste, l'aliéné mental a totalement perdu sa liberté morale du fait des graves lésions de son entendement.
C'est à la société, représentée par le médecin, qu'incombe le soin à la fois de protéger (par des mesures d'interdiction, ou de déresponsabilisation devant les sanctions sociales) et d'assister (par des mesures de traitement, d'hospitalisation et d'hygiène) celui qui a perdu l'usage de cette liberté conventionnelle du fait de l'aliénation de son esprit. Sans doute, la folie lui avait redonné un usage brutal et archaïque de sa liberté naturelle. Mais celle-ci ne pouvait que le rendre dangereux pour la société et pour lui-même, ce qui rendait cet usage intolérable.
Il en découle que l'utilisation de l'expression aliénation mentale est à la fois généreuse (d'inspiration rousseauiste) et réductrice (ramenant la folie dans l'unique champ des pratiques médicales). Elle implique l'institution de tout un dispositif médico-légal et l'organisation d'une assistance hospitalière, précédée et complétée de mesures d'hygiène préventive (pouvant aller jusqu'à la stérilisation des malades dont l'aliénation risquerait d'être considérée comme héréditaire).


Le discrédit porté à l'expression d'aliénation mentale

On comprend que l'expression aliénation mentale subira peu à peu un discrédit. Trop employée par les élèves de Pinel, Étienne Esquirol en tête, et par certains législateurs et administrateurs, elle deviendra progressivement péjorative, tout comme le mot asile. À tel point qu'elle sera de plus en plus absente du langage médical, puis administratif, jusqu'à ce que la circulaire ministérielle du 4 février 1958 en impose la disparition et son remplacement par le terme de maladie mentale.


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