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La définition de Alcoologie


L'alcoologie est une discipline qui se consacre à tout ce qui a trait à l'alcool éthylique: sa production, sa conservation, sa distribution, sa consommation normale et pathologique. Elle étudie également les implications de ce phénomène, ses causes et ses conséquences, soit au niveau collectif (national, international, social, économique et juridique), soit au niveau individuel (spirituel, psychologique et somatique).


L'alcoologie et la culture du vin

L'alcoologie a en principe pour objet tout ce qui concerne l'alcool, et notamment l'abus de ce produit, et de la dépendance à son égard. Aussi, il est important de rappeler que dans tous les pays (pour autant que des données statistiques sont disponibles), la grande majorité des buveurs consomment avec modération et profitent dans la convivialité des propriétés euphorisantes et anxiolytiques de l'alcool.
Par ailleurs, on ignore quelle était la situation dans les siècles passés. En effet, les descriptions ou les données recueillies n'ont pas de valeur représentative globale. Ce qui est clair, c'est que la poésie et la littérature occidentales ont accordé une place de choix aux états de conscience altérés par l'alcool, et qu'il existe, de façon générale, une culture du vin qui vante les mérites de l'alcool et de l'ivresse, et de même une culture de la bière. Mais l'alcoologie se préoccupe avant tout non pas des plaisirs mais des problèmes liés à l'alcool.


Le modèle moral

Au début de notre ère, Sénèque, en traitant de l'ébriété, a d'avance donné le ton à l'alcoologie moderne en stigmatisant les buveurs qui boivent très souvent à l'excès, ainsi que ceux qui sont esclaves de l'alcool. Mais c'est de la thématique développée par les mouvements de tempérance apparus en Bretagne et en Nouvelle-Angleterre au début du XIXe siècle que sont issues de nombreuses idées qui ont toujours plus ou moins cours dans le champ de l'alcoologie. Par exemple, l'alcool libère ou augmente les passions et les désirs, tout en réduisant la sensibilité morale ; il transforme les besoins physiques au point que le désir pour le produit finit par être incontrôlable ; il est cause d'une grande partie des problèmes sociaux (criminalité, pauvreté, foyers brisés), et il enlève à l'usager la discipline, la force et la raison qui lui sont nécessaires pour prospérer économiquement.
Comme derrière l'ivrognerie se profile une intention mauvaise, une volonté de transgresser les règles morales, il est donc tentant de limiter, voire d'éliminer, la consommation de l'agent nocif que représente le produit.


Le modèle de la maladie

L'idée selon laquelle la surconsommation d'alcool est un syndrome complexe et caractérisé, c'est-à-dire une maladie, s'est établie comme le paradigme dominant dans les années 1950, que ce soit dans les associations d'anciens buveurs, que dans le monde médical.
Cette conceptualisation trouve ses origines dans les textes de l'Américain Benjamin Rush (l784) et des Anglais John Lettsom (1785) et Thomas Trotter (1804). Plus précisément, Rush a introduit la notion de progression: boire commence par un acte de la volonté, puis se transforme en habitude pour dégénérer en nécessité. À ce dernier stade, il y a divorce entre la volonté et le désir, l'individu étant contrôlé par une force ressentie comme incoercible. Il développe également de nombreuses maladies et s'engage dans des conduites antisociales. C'est l'addiction, ou la dépendance.
Cette idée d'une volonté devenue inopérante chez l'alcoolique tandis qu'il souffre d'un besoin obsédant d'alcool a traversé le XIXe siècle et s'est imposée comme l'un des concepts centraux du mouvement des Alcooliques anonymes, fondé en 1935 aux États-Unis, deux ans après la fin de la Prohibition. Le fondateur de ce mouvement estimait ainsi que les alcooliques devaient tout d'abord être convaincus que l'alcoolisme est une maladie. Ce n'est qu'à partir de cette conviction qu'ils pouvaient accepter le soutien d'un groupe d'alcooliques abstinents et vivre une expérience spirituelle de nature à les aider dans leur rétablissement.
À la suite de Rush, le mouvement a réaffirmé la nécessité absolue de l'abstinence. Ces idées ont été reprises par Elvin Morton Jellinek, dans son article de 1952 sur les phases de l'alcoolisme et dans ses travaux subséquents, et par Pierre Fouquet, qui a introduit le modèle de la maladie en France, au début des années 1950, et qui fut le fondateur de Société française d'alcoologie en 1978. Au début des années 1950, ces mêmes notions ont été incluses dans la nosologie psychiatrique et ont progressivement transformé le traitement des alcooliques. En mettant l'accent sur la personne autant que sur le produit, le modèle de la maladie a permis le développement de la recherche sur les déterminants biologiques de l'alcoolisme, tout en réduisant la stigmatisation qu'avaient instaurée les mouvements de tempérance.


La remise en question du modèle de la maladie

Au début des années 1960, la remise en question de la réversibilité de l'alcoolisme a provoqué une véritable crise paradigmatique en alcoologie, notamment suite à la publication d'un article de David Davies, alors directeur de l'unité d'alcoologie de l'Institut de psychiatrie de l'université de Londres. Et même si les données présentées par Davies ont été réexaminées et pondérées par son successeur, Griffith Edwards, qui a démontré que le taux de consommation pathologique était plus faible que celui présenté en 1962, de nombreuses études ont vérifié ses constatations initiales.
Les travaux ultérieurs, menés à partir des années 1970 ont continué à démontrer l'importance de l'apprentissage social dans le développement des troubles liés à l'alcool, des croyances et attentes de l'individu vis-à-vis de l'alcool, des déterminants contextuels, des facteurs motivationnels. En parallèle, la mise en oeuvre des enquêtes populationnelles, qui commence au milieu des années 1960, a permis de comparer les diverses pratiques de consommation et d'en analyser les trajectoires.


La réduction des risques

Au cours de l'année 1990, l'épidémie du VIH chez les utilisateurs de drogues injectables a amené tous les intervenants en alcoolisme et en toxicomanie à un réexamen des idées reçues. Ils ont subordonné la modification des habitudes de consommation à l'évitement des risques chez les personnes dont on ne peut s'attendre qu'elles cessent de consommer des drogues ou de l'alcool dans un avenir proche.
En parallèle, les études mettant en évidence les bienfaits de la consommation régulière et modérée d'alcool pour la santé, surtout pour les troubles ischémiques, ont introduit la prise en compte du plaisir dans une discipline jusque-là centrée sur les seuls problèmes.


L'intégration des niveaux d'analyse

Les principales réalisations de l'alcoologie sont la résultante de travaux qui ont été menés dans des champs d'étude bien délimités. De fortes oppositions théoriques ont également favorisé l'isolement réciproque des chercheurs. Ainsi, les sciences biomédicales se sont consacrées aux mécanismes d'action de l'alcool dans tous les systèmes (digestif, nerveux, cardio-vasculaire, immunologique, etc...) et à la vulnérabilité différentielle à l'alcool, innée et acquise. En mettant l'accent sur le contexte, l'épidémiologie sociale et les sciences du comportement ont cherché à dégager les caractéristiques bio-psycho-sociales des abstinents, des buveurs modérés, des grands buveurs ou des individus dépendants. La santé publique et les sciences sociales se sont intéressées aux politiques en matière d'alcool, à l'accessibilité et au prix des produits ainsi qu'aux normes et aux valeurs culturelles qui sous-tendent toutes ces décisions. En clinique, la psychiatrie et la psychologie ont dégagé les critères diagnostiques pour l'évaluation des buveurs à risque et des buveurs dépendants, et proposé des protocoles d'intervention et des critères pour en évaluer l'efficacité.
Bien que le succès de ces travaux soit manifeste, cette approche par champ d'étude exclusif comporte des limites. En effet, les processus bio-psycho-sociaux entrent en synergie chez le sujet qui boit et il serait simpliste de concevoir cette discipline uniquement sous l'angle d'une de ses facettes.


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