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L'hypnose: l'école de Paris face à l'école de Nancy


Après l'interdiction de toutes formes d'hypnose (que ce soit le magnétisme ou le somnambulisme) en France, il faut attendre la seconde moitié du XIXème siècle pour que des cliniciens français redécouvrent l'hypnose à travers les ouvrages de médecins et chirurgiens Anglo-Saxons (ceux de James Braid notamment), mais aussi à travers le music-hall...


La naissance de deux écoles

Charcot proposait des démonstrations d'hypnose à l’Hôpital de la Salpêtrière.Ainsi, vers la fin du XIXème siècle, Jean-Martin Charcot, médecin renommé exerçant à la Salpêtrière à Paris, découvre l'hypnose en se rendant à un spectacle Place Clichy. Il décide alors d'utiliser cette technique pour traiter les patientes hystériques de son service. Il demande donc à cet hypnotiseur de théâtre de le former.
Puis il propose, tous les mardis, des leçons qui consistent à hypnotiser des hystériques dans le but de les soigner. L'enseignement de Charcot devient rapidement populaire et des élèves, parfois célèbres (Vladimir Bekhterev, Sigmund Freud...), viennent du monde entier pour suivre ses cours.

Dans le même temps, à Nancy, un médecin de campagne, Ambroise-Auguste Liébeault, découvre l'hypnose en lisant les ouvrages d'Alfred Velpeau et de James Braid notamment. Il décide alors d'utiliser cette technique de suggestion pour soigner ses patients et ouvre une clinique dans un faubourg de Nancy en 1860, puis publie à son tour un livre sur l'hypnotisme.
Liébeault et Bernheim fondent l'école d'hypnotisme à Nancy.Bien que la plupart de ses confrères voit d'un mauvais œil cette démarche, un médecin s'intéresse de près à ses travaux. Il s'agit d'Hippolyte Bernheim qui dirige le service de psychiatrie à l’hôpital de Nancy.
Les deux hommes vont alors s'associer pour créer l'école d'hypnotisme de Nancy. Rapidement, la notoriété de cette école s'étend dans le monde entier et des personnes de grande renommée telles que Ivon Pavlov, Emile Coué, Sigmund Freud, Vladimir Bekhterev... viennent s'y former.


Des querelles aux lourdes conséquences

Bien que l'école de Paris avec Charcot et l'école de Nancy avec Bernheim et Liébeault connaissent toutes les deux un succès fulgurant, la pratique et la conception de l'hypnose y sont différentes, voire opposées:
En effet, selon Liébeault, la pratique de l'hypnose doit être basée uniquement sur l'utilisation des suggestions verbales et non sur des inductions hypnotiques fantaisistes, dérivées du music-hall. En outre, l'hypnose doit, selon lui, pouvoir s'appliquer à tous les patients, sauf les hystériques...
Cette prise de position n'est pas sans irriter Charcot. De fait, ce dernier affirme qu'au contraire, la pratique de l'hypnose ne doit s'appliquer qu'aux patients hystériques et qu'elle s'avère inutile dans les autres cas.

Aussi, ce principe édicté par Charcot va avoir de graves conséquences sur l'histoire de l'hypnose en France. En effet, cela va considérablement réduire son champs d'application et d'investigation et va l'éloigner du corps médical et scientifique pendant des décennies. Ainsi, la chape de plomb posée par Charcot a provoqué un retard important dans le développement de la pratique de l'hypnose en France. Ce n'est que depuis quelques années seulement que les cliniciens français commencent à rattraper ce retard.



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