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Décembre 2011 (Mise à jour: Mai 2014)

La croyance au Père Noël ou l'illusion perdue


Ne plus croire au Père Noël est souvent une étape difficile à franchir pour l'enfant, qui voit tout son monde fabuleux s'effondrer.Nous avons tous (ou presque) imaginé le Père Noël faisant le tour du monde sur son traîneau tiré par des rennes volants, pour distribuer des cadeaux aux enfants. Aussi, l'abandon de cette croyance fut, pour certains, plutôt douloureuse.

Cette désillusion survient vers l'âge de sept ans car c'est un âge où les enfants commencent à adopter une représentation du monde plus rationnelle. Ils doivent alors laisser derrière eux un univers enchanté, peuplé de fées, de lutins... C'est une étape délicate dans la construction du soi, qui implique non seulement la disparition d'une croyance, mais aussi les liens que l'enfant entretient avec son entourage qui lui a menti.

Car, la raison principale pour laquelle les enfants adhèrent à un tel mythe, c'est parce qu'il vient de leurs parents. Les enfants croient naturellement ce que leur disent leurs parents. Ils se construisent leur représentation du monde en s'appuyant sur les seules sources d'informations dont ils disposent, c'est à dire, leur famille, leur instituteur et leurs camarades.
Ce n'est que pour consolider cette croyance, que des raisons secondaires interviennent, en tant que preuves. Ce sont, par exemple, les réponses reçues aux lettres envoyées au Père Noël, le lait et les cookies disparus au matin...


Pourquoi et comment la croyance au Père Noël s'ébranle-t-elle?

Trois principaux facteurs conduisent l'enfant à remettre en question sa croyance. Il s'agit de la dissonance, la concurrence et l'incohérence.

  • La dissonance se caractérise par le fait qu'un élément externe va à l'encontre du mythe. Par exemple, l'enfant peut constater que le Père Noël porte une fausse barbe, un vêtement de son grand-père... Il peut aussi découvrir avant Noël des cadeaux cachés dans une armoire...

  • La concurrence correspond à la mise en danger de la croyance par la parole d'autrui. Ce sont bien souvent les camarades d'école qui vont briser la légende. Ici, les parents jouent un rôle important car ce sont eux qui vont confirmer les doutes de l'enfant ou lui révéler la vérité à la façon d'un rituel initiatique.

  • L'incohérence sa manifeste dans les réflexions de l'enfant qui va progressivement trouver que certains éléments fantastiques du mythe paraissent invraisemblables. Par exemple, il peut se demander comment le Père Noël peut faire le tour de la terre en une seule nuit, comment sa hotte peut contenir des millions de cadeaux...

Comment atténuer ou même éviter la déception?

L'abandon définitif de la croyance au Père Noël peut être vécu douloureusement par l'enfant qui remet alors en question sa vision du monde. En effet, en cessant de croire au Père Noël, l'enfant cesse également de croire aux elfes, aux cloches de Pâques, aux fées... bref, à tout un monde fabuleux. Cette remise en question peut le conduire à considérer le monde des adultes comme un univers empreint de mensonges.
C'est pourquoi il est préférable, lorsque l'enfant commence à avoir des doutes, de cesser de lui mentir, sans pour autant lui révéler brutalement la vérité. Il s'agirait plutôt de lui retourner ses questions et de s'appuyer sur ses réponses pour le guider vers la vérité. L'enfant peut même en tirer un prestige si on lui donne l'impression d'entrer dans "la cour des grands", un peu à la façon d'un rite initiatique. Ainsi, la douleur sera moindre, voire inexistante.

Finalement, laisser croire aux enfants, de façon aussi pure, à un monde merveilleux, est une chance unique qui mérite certainement d'être vécue, malgré le risque d'une déception future.


Inspiré des travaux de Gérald Bronner



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