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La définition de Agressivité


L'agressivité désigne la tendance à attaquer autrui, ou tout objet susceptible de faire obstacle à une satisfaction immédiate.


Les différentes formes d'agressivité

L'agressivité n'est pas synonyme de violence. Elle peut se manifester par de nombreux comportements différents. Les actes agressifs sont ceux qui retiennent le plus souvent l'attention en raison de leur caractère spectaculaire et potentiellement dangereux. Ils peuvent aller du simple geste menaçant au meurtre.
La tolérance de la société à l'égard des actes agressifs dépend le seuil à partir duquel ces derniers deviennent des délits, voire des crimes. Les attitudes agressives, telles que les regards, les mimiques, etc..., ont un caractère très provocateur et peuvent déclencher une agressivité plus active en retour. Par ailleurs, les paroles agressives peuvent être directes (par exemple, des menaces, des insultes, des critiques) ou indirecte, plus insidieuses, (par exemple, la médisance, l'ironie, la causticité).
Par ailleurs, chez l'enfant et l'adolescent, de nombreux troubles du comportement peuvent avoir une connotation agressive latente. C'est le cas, par exemple, des mensonges, des troubles alimentaires, des fugues, des mauvais résultats scolaires, des conduites marginales, etc...


L'évaluation de l'agressivité

L'évaluation de l'agressivité d'un individu est un problème fréquent et très difficile, que ce soit pour le psychiatre, le psychologue ou le criminologue. En effet, l'idée de prédire, donc de prévenir la survenue de conduites agressives, sous-tend l'évaluation de l'agressivité. Or, il est impossible de faire une telle prédiction de façon suffisamment sûre pour qu'elle soit acceptable sur le plan éthique et utilisable en pratique.
En outre, il est nécessaire d'évaluer les différents aspects de l'agressivité:

  • Sur le plan psychopathologique: quelques éléments peuvent être dégagés comme étant des facteurs prédisposant à une plus grande potentialité agressive. Il s'agit, par exemple, de l'existence de violences subies dans l'enfance, des antécédents personnels d'agressivité envers les autres mais aussi envers soi-même, de certains traits de personnalité tels que l'impulsivité, la labilité émotionnelle, l'irritabilité caractérielle, l'intolérance aux frustrations. En outre, des tests psychologiques peuvent compléter ces donner. Par exemple, le MMPI, bien qu'il ne retrouve pas de profil type d'une personnalité agressive, montre souvent une élévation des échelles de psychopathie, de paranoïa et de manie. Les tests projectifs permettent, quant à eux, une approche plus globale de l'agressivité, replacée dans le contexte de la structuration de la personnalité et de ses mécanismes de défense. Enfin, il faut signaler l'existence d'outils spécifiques d'évaluation quantitative et qualitative de l'agressivité, tels que le questionnaire d'hostilité de Caine, l'échelle d'hostilité de Buss-Dunkee, etc...

  • Sur le plan biologique: aucun élément n'a été retrouvé comme étant lié de façon spécifique et indiscutable à l'agressivité. Les recherches génétiques ont beaucoup fait parler d'elles en induisant la notion du prétendu chromosome du crime. En effet, certaines études ont constaté la fréquence supérieure d'un chromosome Y surnuméraire (XYY) chez les criminels et les malades mentaux dangereux. Par exemple, au Danemark, une étude systématique chez les appelés aurait retrouvé une impulsivité plus marquée chez ces personnes. Mais ces notions sont à replacer dans le contexte d'une personnalité marquée par d'autres anomalies (en particulier un retard mental), et toute interprétation univoque est abusive.

  • Sur le plan hormonal: même si la testostérone semble jouer un rôle dans la sensibilité à la menace et à la frustration, il serait tout de même simplificateur d'en faire l'hormone de l'agression.

Les approches théoriques de l'agressivité

Plusieurs courants psychologiques (comportementalisme, phénoménologie) ont donné des interprétations théoriques différentes de l'agressivité:

  • L'approche psychanalytique: c'est l'approche la plus complète. L'importance de l'agressivité et son lien complexe avec la sexualité ont été soulignés de plus en plus précisément par les psychanalystes. Ainsi, dans sa dernière théorie des pulsions, Sigmund Freud introduit la notion d'union-désunion des pulsions de vie et de mort. Globalement, cette notion correspondant au dualisme agressivité-sexualité: de la désunion triomphe la pulsion destructrice et naît le comportement agressif.
    Pour Melanie Klein, l'agressivité, très importante dans la première enfance, apparaît dès les premiers mois (notamment avec les fantasmes de destruction et de dévoration). Aussi, elle joue un rôle fondamental dans la maturation de la personnalité, en particulier par la structuration progressive de l'individu par rapport à l'objet.
    Pour Daniel Lagache, aucun comportement humain n'est sans rapport avec l'agressivité.
    Par ailleurs, en ce qui concerne les comportements agressifs pathologiques, la clinique psychanalytique insiste sur le rôle des carences affectives précoces et des violences exercées très tôt par le père. Celles-ci aboutissent à un trouble de l'identification et à un défaut d'élaboration symbolique: l'agressivité ne peut trouver son sens positif. Selon Rene Spitz, « enfants privés d'amour, ils deviendront des adultes pleins de haine ».

  • L'approche biologique: elle est dominée par les travaux des neurophysiologistes, en particulier ceux de Karli. Selon cet auteur, tout comportement agressif est un comportement instrumental qui s'inscrit dans une stratégie, dont les buts sont soit l'affirmation de soi et la satisfaction de besoins ou de désirs, soit la défense contre ce qui menace l'intégrité physique ou l'équilibre relationnel.
    L'élaboration de cette stratégie comprendrait schématiquement trois niveaux possibles: un niveau de comportement réflexe, en grande partie préprogrammé génétiquement ; un niveau où une connotation affective est associée au stimulus, en fonction du vécu individuel ; enfin un niveau d'élaboration cognitive où sont pris en compte les expériences personnelles et le contexte socioculturel.
    Sur le plan physiologique, la notion d'un centre de l'agressivité est totalement réfutée. Cependant, on a pu montrer le rôle essentiel de certaines structures cérébrales. Par exemple, dans la modération de la réactivité aux stimulus agressogènes l'hypothalamus ventromédian, le septum et les noyaux du raphé interviendraient. D'ailleurs, c'est dans ces noyaux que se situent la plupart des neurones à sérotonine, ce qui corrobore la notion d'un déficit sérotoninergique lors des manifestations d'agressivité excessive. De plus, l'amygdale, sur laquelle se projette une partie de ces neurones sérotoninergiques, semble être une structure centrale dans l'élaboration d'un comportement agressif. En effet, c'est à ce niveau que le stimulus, par référence aux traces mnésiques, acquiert sa signification affective. Enfin, le cortex préfrontal joue un rôle essentiel de modulation et de contrôle.

L'agressivité et les pathologies psychiatriques

Dans les états névrotiques, l'agressivité est d'autant moins manifeste que les mécanismes de défense, qui lui permettent de s'exprimer de façon codée, sont plus efficaces:

  • Dans la névrose obsessionnelle: c'est dans cet état que l'agressivité est la plus intense mais aussi la plus masquée par des formations réactionnelles extrêmement organisées. Même si quelques émergences peuvent se manifester (des colères, des tics, de l'ironie), les passages à l'acte restent exceptionnels et sont souvent marqués par l'ambivalence, le remords et le désir de punition.

  • Dans l'hystérie: l'agressivité est plus apparente, notamment dans la mise en échec et la culpabilisation de l'autre.

  • Dans la psychopathie: les passages à l'acte agressifs court-circuitent l'élaboration psychique. En outre, ils surviennent à la moindre frustration et jalonnent une biographie tourmentée.

Les états psychotiques voient survenir des comportements agressifs de mécanismes divers. Par exemple, l'agressivité en relation directe avec l'angoisse psychotique, la déstructuration de la conscience et le vécu délirant dans les psychoses délirantes aiguës ; l'agressivité immotivée, discordante des schizophrènes ; l'agressivité en réaction aux persécutions dans les délires paranoïaques.
Les états dépressifs, quant à eux, représentent un modèle de l'intrication entre auto et hétéroagressivité, comme l'illustre le suicide altruiste des mélancoliques. Mais, outre ce cas extrême, on peut souvent repérer des manifestations agressives discrètes au cours des dépressions et elles doivent toujours faire redouter un risque suicidaire. Chez l'enfant et l'adolescent, tout comportement agressif doit faire rechercher une pathologie dépressive sous-jacente.
L'agressivité des états déficitaires organiques traduit l'altération du contrôle émotionnel.
Chez l'épileptique, elle s'inscrit classiquement dans les troubles de personnalité mais elle peut aussi survenir en paroxysmes lors des crises, allant jusqu'à la fureur épileptique, particulièrement violente.
Par ailleurs, il est important de mentionner deux exemples d'expressions pathologiques bien particulières de l'agressivité:

  • Chez le patient psychosomatique, l'agressivité prisonnière s'inscrit sur le corps.
  • Chez le pervers, l'agressivité est érotisée et canalisée dans le scénario choisi.

Enfin, l'alcool et les drogues, par leur effet désinhibiteur, favorisent la survenue des passages à l'acte agressifs.


Le traitement de l'agressivité

Lorsque l'agressivité s'inscrit dans une maladie psychiatrique avérée, qui a son traitement propre. Néanmoins, l'agressivité en tant que telle peut nécessiter une intervention thérapeutique. Celle-ci devra souvent associer différents niveaux d'action:

  • Les chimiothérapies elle peuvent avoir ici une place tout à fait justifiée. En effet, certaines situations d'urgence nécessitent un traitement sédatif par des tranquillisants. Dans une perspective plus préventive, des traitements sont utilisés de façon spécifique comme agressivolytiques. Par exemple, dans cette indication les thymorégulateurs semblent appropriés. En revanche, l'efficacité des antidépresseurs sérotoninergiques reste plus hypothétique.

  • Les psychothérapies: différentes psychothérapies peuvent être indiquées. Ainsi, les thérapies comportementales permettent de modifier assez rapidement des comportements ; les thérapies analytiques offrent une appréhension plus globale des mécanismes en jeu ; mais les prises en charge élargies (familiales ou de groupe) semblent être à privilégier en raison de la dimension relationnelle du problème.

  • Les interventions sociales: elles peuvent parfois s'avérer essentielles. Il s'agit de l'amélioration des conditions de vie, des tentatives de médiation lors de conflits, des actions pédagogiques visant à renforcer les attitudes de tolérance, de compréhension, etc., de la dérivation de l'agressivité vers des situations symboliques (les fêtes, les jeux, les sports, etc...).

L'agressivité selon Freud

La conception freudienne de l'agressivité a évolué parallèlement à la théorie des pulsions. Dans un premier temps, Sigmund Freud se refuse à reconnaître l'œuvre d'une pulsion spécifique derrière les conduites agressives. Cette spécificité ne ferait que recouvrir à ses yeux celle de toute pulsion, c'est-à-dire une poussée contraignante qui doit surmonter les obstacles.
Cette vue sera sensiblement modifiée avec l'introduction, en 1920, de la pulsion de mort. Freud rend alors compte du sadisme par la partie de la pulsion de mort mise directement au service de la pulsion sexuelle, et du masochisme érogène par une autre partie de la pulsion de mort qui reste dans l'organisme, où elle est liée à la libido par l'excitation sexuelle. Dans la perspective de Freud, la pulsion d'agression apparaît donc comme l'expression même de la pulsion de mort tournée vers l'extérieur.


L'agressivité selon Lacan

Jacques Lacan se place dans une perspective peu différente de celle de Freud. En effet, il émet l'hypothèse d'une agressivité qui serait liée « à la relation narcissique et aux structures de méconnaissances et d'objectivation systématique qui caractérisent la formation du moi ». Aussi, ce n'est que par l'identification œdipienne que cette agressivité pourra être dépassée.


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