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La définition de Agression


L'agression est un comportement adopté avec l'intention de faire mal à autrui, physiquement ou psychologiquement.


Les différentes formes d'agression

L'intention de faire mal distingue l'agression proprement dite d'une violation de normes, ou d'un accident. Dans cette définition, les termes intention et mal sont relativement subjectifs. De fait, en raison de cette subjectivité, les différents protagonistes (la victime, l'agresseur et l'observateur) ne s'entendent pas forcément sur le fait qu'un acte particulier constitue une agression. Par ailleurs, on distingue généralement deux types d'agression:

  • L'agression instrumentale: son but premier n'est pas de faire mal, mais de maintenir ou de préserver, par exemple, son statut ou son pouvoir.
  • L'agression impulsive (ou l'agression hostile ou émotionnelle): son but principal est de nuire à autrui.

On parle parfois indistinctement d'agression, de violence, de colère, d'hostilité et d'agressivité. Les chercheurs préfèrent distinguer ces termes afin d'être le plus précis possible. Ainsi, la violence se limite à l'agression physique. La colère implique surtout une tonalité émotionnelle qui peut mener à un comportement d'agression. L'hostilité correspond plutôt à la composante attitudinale de l'agression (par exemple: telle personne n'est pas acceptable, je ne l'aime pas, et je suis prêt à lui faire un sort). L'agressivité, quant à elle, désigne la personnalité d'une personne qui a l'habitude de se comporter de manière agressive.


La théorie de la frustration-agression

La théorie la plus répandue pour rendre compte de l'agression est certainement la théorie de la frustration-agression (Dollard et alii, 1939). Selon ce postulat, il y aurait un lien causal universel entre la frustration et l'agression. Ainsi, toute frustration, même invisible, déclencherait une agression et toute agression, même invisible, serait précédée d'une frustration.
Aussi, si cette théorie s'est montrée très heuristique, elle a provoqué nombre de critiques aux niveaux théorique, conceptuel et empirique. Tout d'abord, sa formulation première prévient toute tentative de réfutation. Ensuite, si l'on s'en tient à la définition classique d'une frustration, c'est-à-dire d'un obstacle dans la poursuite d'un but, il est clair que toute frustration ne mène pas à une agression et que des situations autres que des frustrations déclenchent une agression.
Par la suite, l'expression de stimulation désagréable a remplacé celle de frustration. Elle inclut une certaine classe de frustrations mais ne s'y limite pas (par exemple, elle comprend des injures et des variations météorologiques).


Les reformulations de la théorie de la frustration-agression

D'autres critiques ont visé le caractère inné de la réaction agressive, sous-entendu par la théorie, ainsi que la nécessité ou la suffisance du lien entre frustration et agression. Aussi, l'une des principales reformulations de cette théorie est celle de la (dé)privation relative. Selon cette théorie, ce ne serait pas la valeur absolue, mais relative, de la privation qui importerait. Plus précisément, on peut distinguer deux versions de cette théorie:

  • La théorie de la privation relative égoïste: un individu réagirait de manière agressive lorsqu'il s'estime personnellement lésé par rapport à d'autres individus (par exemple, quelqu'un qui n'obtient pas une récompense attendue, alors que d'autres l'obtiennent).
  • La privation relative fraternelle: elle interviendrait lorsque la personne ne réagit pas au niveau individuel mais en tant que membre d'un groupe lésé par rapport à un autre groupe.

D'autres distinctions ont également été proposées par Guimond et Tougas (1994). Elles visent davantage à rendre compte des mouvements de contestation sociale que de l'agression individualisée.
Mais la reformulation la plus célèbre de la frustration-agression est due à Leonard Berkowitz (1993). Selon cet auteur, les stimulations désagréables provoquent deux tendances à l'action: la fuite ou l'attaque ; et l'individu choisira en fonction des circonstances et de ses expériences antérieures. La tendance à l'attaque entraînera une activation physiologique, des comportements moteurs de préparation, le rappel d'épisodes agressifs et une émotion de colère diffuse. Elle se transformera en agression impulsive si les inhibitions à l'égard de celle-ci ne sont pas trop élevées, et ce d'autant plus facilement que l'environnement comprend des indices associés à l'agression. Bien que la valeur prédictive de cette formulation ne soit pas énorme, elle explique tout de même remarquablement bien deux phénomènes très intéressants:

  • L'effet des armes: la simple vue d'armes au moment d'une stimulation désagréable peut faciliter le passage à l'acte agressif. Plus précisément, la vue de l'arme faciliterait n'importe quelle agression pourvu que cette arme soit associée à l'idée de violence. Aussi, les facteurs cognitifs sont importants dans cette conception. En effet, la réaction dépend de la signification de l'arme. Ainsi, si l'arme est anxiogène, elle augmentera les inhibitions à l'égard de la réaction agressive. Par ailleurs, l'arme n'est qu'un exemple d'indices associés à l'idée d'agression. Par exemple, les films agressifs peuvent avoir le même effet.

  • Le bouc émissaire: si les inhibitions relatives à la source de la stimulation désagréable sont élevées , l'agression peut se déplacer sur un bouc émissaire, c'est-à-dire sur une personne innocente qui a le seul tort d'être disponible dans l'environnement et de ne pas susciter d'inhibitions particulières. La théorie du bouc émissaire est largement répandue dans le domaine intergroupe. Ainsi, les membres d'une communauté, frustrés dans leurs aspirations, réagiraient par de l'agression envers les membres d'une autre communauté, moins puissante, et qui seraient considérés comme responsables.

La catharsis

On compare souvent le fonctionnement de l'agression comme une marmite à pression. Ainsi, si aucun exutoire n'est permis, la marmite explose. Si, par contre, les gens peuvent manifester leurs pulsions agressives à petites doses, ne serait-ce que de manière vicariante (par exemple, en regardant des films agressifs), la pression tombe. C'est l'hypothèse de la catharsis.
Or, les données expérimentales vont à l'encontre de cette hypothèse. En effet, de façon générale, les manifestations d'agression tendent à se renforcer plutôt que de s'affaiblir. Ces résultats ne signifient pas pour autant que l'expression de griefs, à l'occasion d'un conflit par exemple, ne puisse être bénéfique. En effet, l'exposition des griefs peut fournir l'occasion de réinterpréter la situation et c'est cette réinterprétation qui sera responsable de la diminution éventuelle de l'agression. En revanche, la non-expression des mêmes griefs risque d'entraîner une augmentation de la tendance à se montrer agressif, non pas à cause d'une pression accrue, mais, selon la théorie de Berkowitz, à cause d'un surcroît de ruminations agressives.


Les facteurs génétiques et les facteurs de personnalité

L'environnement est de toute évidence le facteur le plus important dans les manifestations d'agression. Néanmoins, il existe d'autres facteurs. Par exemples, des facteurs génétiques contribuent aussi à susciter des passages à l'acte plus fréquents et/ou plus aisés. Il s'agit notamment des hormones sexuelles mâles et, sans doute, du chromosome XYY. Le problème est de mieux comprendre comment ces facteurs influencent le processus d'agression. En ce qui concerne le chromosome XYY, par exemple, ses porteurs sont surreprésentés dans les prisons. Il semble par ailleurs que ces hommes soient plus costauds et peut-être moins intelligents que la moyenne. Il se peut donc qu'ils soient davantage impliqués dans des interactions agressives, à cause de leur apparence physique, et qu'ils soient moins inhibés dans leurs réactions, à cause de leur intelligence.
Contrairement à d'autres traits de personnalité, l'agressivité est relativement stable. Parmi les enfants bagarreurs à l'école, beaucoup le resteront à l'âge adulte.


L'agression d'un point de vue éthologique

L'agression représente une mobilisation orientée de l'organisme. Elle débouche sur un combat et entraîne parfois des blessures, voire la mort de l'opposant.
À la différence de Lorenz, l'éthologie contemporaine considère rarement l'agression comme une motivation distincte, mais plutôt comme une conduite régulatrice qui survient dans une situation de concurrence entre deux individus pour l'accès à un même objet nécessaire à la satisfaction d'une fonction biologiquement importante (l'étendue du territoire, une proie ou un partenaire sexuel). Dans un cadre darwinien, l'agression représente la forme la plus directe de concurrence intraspécifique et concourt à la régulation démographique. De fait, elle constitue un agent sélectif qui exclut de la descendance les animaux les moins aptes à résister aux agressions.
Or, ce mode de sélection rencontre une limitation. En effet, un excès d'agression, de par les blessures qu'il peut entraîner chez les deux opposants, devient contre-sélectif. C'est pourquoi la communauté génétique existant entre membres d'une espèce permet une pression sélective qui diminue les conséquences nocives des combats. Ceux-ci prennent alors une forme ritualisée, minimisant le risque de blessures graves. Etant donnée que la sélection d'une agression ritualisée implique une modification du comportement des deux individus affrontés, elle se conçoit plus aisément selon un mécanisme de sélection entre sous-populations qu'à un niveau purement individuel où les rencontres s'opéreraient de manière aléatoire entre les individus.
Par ailleurs, la théorie des jeux prévoit un mode d'adaptation portant sur les conditions de déclenchement des conduites agressives. Elle distingue trois stratégies:

  • La stratégie du faucon: elle consiste à attaquer tout congénère.
  • La stratégie de la colombe: elle consiste à céder à tout opposant.
  • La stratégie du bourgeois: elle consiste à attaquer sur son territoire et à céder lorsque il est en dehors.

En attribuant des valeurs de coût et de bénéfice aux résultats des rencontres, cette théorie montre que la stratégie dite du bourgeois tend à l'emporter dans une population composite et à déterminer ainsi la diffusion du comportement territorial dans le patrimoine éthologique de l'espèce.


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