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La définition de Abstraction



Une activité de traitement cognitif

L'abstraction correspond à une activité de traitement cognitif par laquelle, dans une situation particulière donnée, une personne néglige certaines aspects ou certaines caractéristiques de cette situation pour n'en retenir qu'un certain nombre d'autres.
Cette acception correspond à l'expression faire abstraction de. En psychologie cognitive, l'abstraction est souvent reliée, voire assimilée, à l'attention sélective. Elle a une grande importance dans la plupart des activités intellectuelles. Ainsi on peut considérer un objet indépendamment de sa couleur, ou de sa forme, etc... ; un repas indépendamment de ceux qui mangent, de ce qui y est mangé, etc... Dans l'un et l'autre cas on néglige certaines parties, certaines caractéristiques, certains aspects ou certains objets constituants. Cette activité relève du dispositif de traitement cognitif des individus et elle se déroule sur de courtes durées (quelques secondes ou quelques minutes).


Les tâches de classification

La capacité d'abstraction est mise en évidence dans les tâches simples de classification. Il s'agit, par exemple, de présenter à un individu un ensemble d'objets qui se distinguent les uns des autres par leur couleur, leur forme et leur taille, et qu'on lui demande de mettre ensemble tous les objets grands. Il devra alors faire abstraction de la couleur et de la forme. Si on lui demande, de façon plus complexe, de regrouper tous les objets qui sont grands et ronds, il ne pourra réussir cette tâche qu'en écartant tous les objets petits, même s'ils sont ronds, et tous les objets carrés, même s'ils sont grands, et aussi en mettant ensemble aussi bien des objets bleus que des objets verts ou rouges, etc..., c'est-à-dire en faisant abstraction de la couleur.


Le rôle des critères dans les tâches de classification

De telles tâches peuvent comporter un nombre plus ou moins grand de facteurs de classification, ainsi que divers critères de décision prenant en compte ces facteurs. D'ailleurs, les exemples précédents illustrent l'usage d'un seul ou de deux critères. Ces tâches peuvent évidemment concerner toutes sortes d'objets, et même des entités qui ne sont pas des objets (par exemple, lors d'une classification des pays selon les critères de taille de la population et de revenu national).


Utilisation des tâches de classification dans les tests

Ces tâches expérimentales peuvent être utilisées, dans une perspective de psychologie générale ou comparative (par exemple, au cours du développement de l'enfant), pour l'étude des activités intellectuelles, ou plus généralement de l'intelligence, dont l'abstraction est une composante essentielle.
Ces tâches peuvent aussi se présenter sous forme de test mental et permettre de situer l'état des capacités abstractives d'un individu. Par exemple, elles sont utilisées en psychologie du développement, en psychologie différentielle, ou en psychopathologie, pour mesurer les détériorations de ces capacités, etc. Bien que l'intérêt de telles épreuves soit très grand et qu'elles appartiennent à de nombreuses batteries psychométriques, il faut néanmoins se garder de penser qu'ils pourraient fournir de façon simple une mesure de la capacité d'abstraction et de l'intelligence.


La modification des classifications

La capacité à changer de critère de classification est une seconde caractéristique cognitive très importante qui relève de l'abstraction. Elle consiste, par exemple, à demander à l'individu qui vient de mettre ensemble les objets grands et ronds, de mettre ensemble, maintenant, les carrés bleus.
Cette capacité de modifier les classifications est la base d'une troisième capacité : celle qui consiste à trouver le ou les bon(s) critère(s) de classification, lorsque ceux-ci ne sont pas fournis par la situation ou par l'expérimentateur. Généralement, le participant doit essayer plusieurs critères, et les changer s'ils sont inadaptés.


La résolution de problèmes

La réussite aux tâches de résolution de problèmes dépend très largement de la sélection des bons critères, ceux qui sont pertinents par rapport à l'objectif. On a montré que dans des problèmes simples d'arithmétique, l'échec des écoliers provient le plus souvent de ce qu'ils tiennent compte d'informations fournies dans les données et auxquelles ils sont habitués à porter attention, mais qui ne sont pas pertinentes pour la résolution du problème. Celle-ci exige souvent que l'on ne tienne pas compte des critères de classification les plus habituels (notamment perceptifs) et que l'on prenne en considération des informations concernant les relations. Or, ces dernières informations sont moins familières et plus abstraites que les précédentes.
Ces résultats ont une grande portée et il semble qu'ils soient généralisables à toutes les activités intellectuelles. Ainsi, savoir faire abstraction des caractéristiques non pertinentes d'une situation est nécessaire pour résoudre des problèmes.


Une activité d'apprentissage

L'abstraction peut être également une activité d'apprentissage par laquelle, à partir d'un ensemble de situations partiellement semblables et partiellement différentes, un sujet extrait des connaissances générales et les stocke dans sa mémoire conceptuelle. Dans les exemples précédents, le participant est censé avoir la notion de la taille, la couleur, la forme, etc..., c'est-à-dire qu'il est supposé maîtriser les facteurs de classification, et de leur relation aux objets. On dira que cette connaissance est explicite si le sujet peut l'exprimer dans le langage qui lui correspond, et implicite ou procédurale dans le cas contraire.


Le rôle des valeurs de l'attribut

En psychologie, on parle ordinairement d'attributs pour désigner de telles caractéristiques ou propriétés (telles celles citées plus haut), et de valeurs d'attribut pour désigner leurs modalités (par exemple, rouge ou bleu pour l'attribut couleur, petit ou grand pour l'attribut taille, etc...). En outre, le fait selon lequel il est possible de décrire les objets, et les concepts qui leur correspondent, à partir de la conjonction (et de la disjonction) de valeurs d'attribut, est considéré comme fondamental. Ainsi, une assiette peut être décrite comme un objet circulaire, plat ou creux, en verre, etc...
Le fonctionnement cognitif repose donc sur la connaissance ou la maîtrise de tels attributs et concepts, et de leurs relations. Les plus simples (ceux déjà cités) sont essentiellement d'origine perceptive. Au-delà, les propriétés arithmétiques, géométriques, relationnelles des objets ou des entités (par exemple le nombre, la masse, etc...) sont aussi des attributs. Néanmoins, ils sont plus difficiles à acquérir et à manipuler que les précédents. Les attributs se complexifient progressivement et forment des hiérarchies conceptuelles.


L'acquisition des valeurs d'attribut

L'acquisition des valeurs d'attribut constitue un aspect fondamental du développement cognitif. Généralement, on considère généralement qu'elle s'effectue par abstraction à partir de la mise en relation d'ensembles de situations partiellement semblables et partiellement différentes, d'où les individus extraient de l'information générale, qui se constitue en connaissances. Celles-ci sont ensuite stockées dans la mémoire cognitive (conceptuelle). Cette extraction de l'information générale est un processus d'abstraction différent de celui décrit précédemment. En effet, il s'étend plutôt sur des durées longues (des jours, des semaines, voire des mois) et détermine les structures de la mémoire à long terme. En revanche, l'abstraction initialement décrite relève de la mémoire de travail. Le langage y joue un rôle déterminant qui ne cesse d'augmenter avec l'âge de la personne et aussi avec le développement cognitif des sociétés, dans la mesure où les concepts et les attributs abstraits ne sont psychologiquement maniables qu'à la condition de pouvoir être nommés.
Par ailleurs, un très grand nombre de connaissances sont introduites, dans les sociétés modernes, au moyen du langage.


Un concept rendu abstrait

L'abstraction désigne aussi la propriété d'un concept, ou d'une signification de mot, qui les rend plus ou moins abstraits, par comparaison avec d'autres (plus concrets). La caractéristique d'abstraction se distingue des activités d'abstraction. Elle s'applique aux concepts et aux significations de mots. Ainsi l'abstraction est une propriété des concepts au même titre que la forme et la grandeur sont des propriétés des objets. Par exemple, on peut dire que le concept de quadrilatère est abstrait en comparaison avec le concept de prairie. Par extension, on pourra parler de l'abstraction d'un mot.


Les degrés d'abstraction

Il est prégérable de considérer cette propriété des concepts comme graduée et de l'appeler plutôt degré ou niveau d'abstraction. Cela implique qu'on ne doit pas subdiviser les concepts ou les significations en seulement deux classes, auxquelles on appliquerait les termes d'abstrait et de concret, mais en beaucoup plus. Evidemment, le degré d'abstraction n'est pas strictement mesurable. Néanmoins, il peut être estimé et exprimé au moyen de techniques et d'échelles. Ainsi peut peut dire, en utilisant des jugements ordonnés, que être vivant est à un niveau d'abstraction plus élevé que animal, lequel est plus élevé que mammifère, celui-ci que chat. Dans cet exemple, on a 4 degrés ou niveaux d'abstraction.
Par ailleurs, on a plus de difficultés à comparer le niveau d'abstraction de concepts qui appartiennent à des domaines sémantiques distincts. Par exemple, on peut se demander si le concept de véhicule est situé à un niveau d'abstraction plus élevé que celui d'animal, ou si c'est l'inverse?


L'extension et la compréhension

La propriété d'abstraction/concrétude est corrélée à celle de généralité/spécificité, c'est-à-dire que plus un concept est abstrait, plus il est général, et, inversement, plus il est concret, plus il est spécifique. Ce phénomène a été parfois exprimé sous la forme d'une loi logique (ou loi de Port-Royal).
Il existe également une corrélation empirique élevée entre le niveau d'abstraction des concepts et leur degré de familiarité (qui est lui-même corrélé à des fréquences de mots, d'objets ou de situations).
Il faut aussi mentionner la corrélation élevée entre le niveau d'abstraction et le degré d'imagerie, appliqués à des mots.
En somme, l'étude expérimentale a bien montré que le niveau d'abstraction d'un concept ou d'une signification est un facteur important pour son traitement cognitif. On affirme souvent que plus les concepts ou significations sont concrets, plus leur traitement cognitif est facile, rapide et dépourvu d'erreurs. En fait, cela semble n'être vrai que pour certains les domaines sémantiques.


L'abstraction réfléchissante

Il s'agit d'une notion introduite par Jean Piaget pour la différencier de celle de l'abstraction. Elle porte sur les objets un processus d'abstraction mené par l'individu sur ses propres actions et opérations.
Pour extraire d'un objet une propriété quelconque (par exemple, sa forme, sa couleur, etc...), il faut utiliser des « instruments d'assimilation relevant de schèmes sensorimoteurs ou conceptuels non fournis par l'objet, mais construits antérieurement par le sujet » (Piaget, 1977). L'abstraction réfléchissante porte sur ces schèmes eux-mêmes. L'individu procède à une conceptualisation de ses activités par une transposition sur un plan supérieur des propriétés de ses actions ou opérations et des propriétés de leur organisation. Il élabore ainsi les cadres logico-mathématiques d'assimilation dans lesquels pourront s'organiser d'autres actions et opérations portant sur des objets nouveaux, dans des situations nouvelles.
L'abstraction réfléchissante se manifeste à tous les stades de développement. Ainsi, même le très jeune enfant est capable de résoudre un problème nouveau en empruntant certaines coordinations à des structures déjà construites dans des situations différentes.
Par ailleurs, l'abstraction réfléchissante se différencie de l'abstraction réfléchie, qui est du ressort de ce qu'on appelle plus généralement la métacognition. Il s'agit alors d'une d'une réflexion de la pensé sur ses propres activités cognitives.


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